Le 17/09/2010
Précurseur dans la démocratisation de la musique électronique
bien des années avant qu’elle ne connaisse un engouement mondial,
Jean-Michel Jarre franchi une nouvelle frontière. Remis en scène par le
succès de la tournée mondiale « Oxygène », il engage son nom sur la
nouvelle marque de produits audio : Jarre Technologies. A l’occasion d’un entretien accordé à Berlin, il nous explique les raisons et les choix qui animent ce nouveau défi.
Interview : Eric Shorjian
Crédit photo : Gérard Giaume
Quelle est la genèse de Jarre Technologies et de son premier produit : l’Aerosystem One ?
En
tant que musicien, je suis frappé par le fait que depuis des années, le
son n’a cessé de s’améliorer en studio alors qu’à l’inverse il a
régressé à la maison. Nous sommes passés du vinyl qui était d’une
qualité très bonne, au CD d’une qualité largement inférieure pour
arriver au fichier MP3 qui est encore pire. Dans le même temps, la
chaine Hi-Fi qui était il y n’y a pas si longtemps la pièce maitresse du
salon s’est transformée en de petits haut-parleurs en plastique placés
de chaque côté de notre ordinateur. On s’est ainsi éloigné un peu
émotionnellement du son. Je pense d’ailleurs que l’une des raisons de la
crise de la musique vient de là et pas seulement de la piraterie.
Finalement la technologie a ouvert des portes mais elle en a fermé
d’autres. Aujourd’hui on peut se ballader avec son contenu musical dans
sa poche, c’est génial. Sauf que l’on ne sait plus trop bien où
l’ancrer. On l’ancre un peu n’importe où.
Cette situation m’a
donné envie d’essayer de réfléchir à réinventer, d’y contribuer en tous
cas, à la création du « sound system », de la chaîne hi-fi de demain.
Avec les ingénieurs qui travaillent avec moi en studio et sur scène,
nous avons essayé de développer quelque chose qui puisse être adapté à
l’oreille et aux conditions d’écoute d’aujourd’hui. Et en même temps
s’échapper de la fatalité de la petite boite noire en plastique pour
développer quelque chose qui soit esthétiquement cohérent d’où
l’utilisation de matières comme le verre, le métal, le carbone…
Pourquoi l’Aerosystèm One a-t-il ce design particulier ?
L’option
a été de partir sur l’idée d’une tour centrale, stéréo mais monobloc
qui a l’avantage de tenir beaucoup moins de place à la maison ou même
dans un studio. Il suffit de 30 cm2 au sol. On a une puissance d’écoute
très importante. Aussi bien à bas qu’à haut niveau, le résultat est
extrêmement probant et performant. Je pense qu’il n’y a rien
d’équivalent sur le plan de la qualité et de la puissance dans les
gammes de prix actuellement proposées.
Vous avez travaillé de longues années pour aboutir à ce résultat ?
Il
y a eu environ cinq ans de développement. Mais nous n’allons pas
simplement développer un seul produit. Cette chaîne là va être déclinée
avec un grand modèle très puissant dont on pourra se servir pour de très
grands espaces voire des concerts. Il y aura aussi une version plus
petite pour les ordinateurs et « laptops » qui sera également très
puissante et sans-fil.
Le premier accueil du projet ?
Le
premier accueil me touche beaucoup. Il est plutôt extrêmement positif.
Dans tous les pays d’Europe du Nord ou l’Aerosystem One a été lancé, en
Allemagne, Benélux, Scandinavie, il a de très bonnes « reviews »
techniques. En France, Colette l’a eu en exclusivité et maintenant cela
va suivre dans d’autres magasins et d’autres pays vont démarrer.
L’Angleterre, les Etats-Unis… Mais nous ne sommes pas pressés. Nous
avons une attitude très artisanale et un processus industriel high-tech
très pointu. Ce qui est bizarre, c’est de voir à quel point il y a peu
de musiciens qui sont impliqués par les grandes sociétés pour le
matériel audio. Et moi, je ne suis pas que l’ambassadeur de la marque,
je suis vraiment impliqué technologiquement dedans. Je pense que les
musiciens sont mieux placés que personne pour le rendu musical d’un
matériel audio.
A ma connaissance, c’est la première
fois qu’un musicien connu crée une marque de matériel audio avec une
implication aussi importante. Vous engagez votre nom dans une marque à
vocation mondiale, n’est-ce pas un risque ?
C’est une chose
que je ne ferais qu’une seule fois et c’est la première fois que je le
fais. C’est une marque qui porte mon nom et donc j’ai la responsabilité
au niveau de la technique mais aussi d’une certaine philosophie de
fabrication et de gammes de prix. L’idée est d’offrir au public le plus
large quelque chose qui soit raisonnable au niveau du prix et qui,
pourtant, puisse être de la meilleure qualité possible.
Vous
avez été relancé par la ré-édition de l’album Oxygène et une série de
concert à la salle Marigny suivi par des concerts dans le monde entier.
Quels sont vos projets actuellement ?
Je suis en pleine une
tournée. J’ai démarré une nouvelle partie en Scandinavie et en
Angleterre. Puis la France avec 17 dates entre octobre et novembre.
Ensuite ce sera les Etats-Unis, l’Amérique du Sud, l’Australie, la Chine
jusqu’à fin 2011. C’est vraiment la première tournée mondiale que je
fais. A une époque où beaucoup de gens de ma génération font des
tournées d’adieux, je fais une tournée de débutant… C’est la première
tournée faite de cette manière là.
C’est une idée que j’avais
depuis longtemps et que la technologie me permet de réaliser
aujourd’hui. A savoir : apporter la magie des concerts à l’extérieur
dans de grandes salles comme Bercy à Paris ou O2 à Londres. Ces salles
qui n’existaient pas à l’époque de la sortie d’Oxygène permettent
aujourd’hui de pouvoir offrir des conditions de « live » fantastiques
avec des instruments qui font partie de la mythologie de la musique
électronique et qui ont un son absolument incroyable. Je crois que nous
avons un des meilleurs sons qui soit actuellement sur les tournées. Il y
a aussi une scénographie tout à fait nouvelle avec la reprise des
morceaux les plus connus de mon répertoire mais aussi des nouveaux
morceaux tout en laissant la place à l’improvisation et à la spontanéité
pour s’échapper un peu des formats pré-enregistrés et pré-mixés. Il n’y
a pas d’ordinateurs sur scène, vraiment tout est live.
Des projets d’albums ?
Il
se trouve que j’ai malheureusement perdu mon papa et ma maman cette
année… Cela m’a décalé émotionnellement dans la manière de créer de la
musique. Mais je suis en train de travailler dessus. L’idée est pouvoir
avancer l’album au fur et à mesure de la tournée en testant des morceaux
sur scène pour une sortie dans le courant du premier semestre 2011.
Sur
votre site web, vous incitez vos fans à réinterpréter votre musique…
Quelle place occupent les réseaux sociaux, Internet pour vous ?
Les
réseaux sociaux sont une nouvelle manière de toucher le public. On se
rend bien compte que les réseaux traditionnels, notamment dans
l’industrie de la musique, ne sont plus adaptés à notre société.
Internet est aujourd’hui un outil comme un autre. Il faut utiliser les
réseaux sociaux, ne pas en abuser. Pour un artiste, c’est une manière de
communiquer avec son public beaucoup plus affectif, plus directe et
beaucoup plus réelle au fond. Avant, dans l’industrie de la musique, on
faisait des lancements avec un public potentiel qui était le monde. On
se disait, on lance un peu au hasard et on verra bien qui va
s’intéresser. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux cela à complètement
changé. Il y a un public qui vous suit. Et ce public, il faut le
respecter. Au-delà des liens commerciaux, vous partagez là des liens
affectifs. C’est un peu comme une famille, et sur ce point de vue c’est
vraiment très positif…
Entre deux concerts en Europe, Jean-Michel Jarre avait fait
le déplacement sur le stand Jarre Technologies dont c’était la première
participation à un salon pour le lancement de l'Aerosystem One.
La prochaine présence de la marque sur un salon professionnel sera très
certainement au CES de Las Vegas avec le lancement de la marque sur le
marché américain.
Malgré un timing très serré,
enchainant interviews pour les télévisions européennes, il a eu
l’extrême gentillesse de prendre le temps de nous accorder un entretien
exclusif pour expliquer ses choix aux lecteurs de Neomag.
Source: neomag.fr
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