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12/03/2014
20/01/2013
Charlotte Rampling - Interview 1980
Until She Flipped for a Woody Allen Script, Charlotte Rampling Was Turning Homebody
Pg. 71
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1980,
Charlotte Rampling,
Jean Michel Jarre,
Press
17/09/2012
Jean Michel Jarre - Interviews - Magazine
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1984,
2001,
Jean Michel Jarre - Interviews,
PDF
23/08/2012
01/04/2012
01 October 1980 - Playboy
29 August 1980 - Paris Match
26/03/2012
Jean-Michel Jarre : ma mère est une héroïne de la Résistance
« Jean-Michel Jarre », chez Orban, est un très bel album avec des photos signées Charlotte Rampling, Helmut Newton, Armand de Wildenberg et des textes de Jean-Louis Remilleux. Il permet de revivre la magie de tous les concerts de Jean-Michel. Sort également un 33 tours rassemblant les meilleurs morceaux de ses concerts de Houston et de Lyon mais recréés en studio à partir des versions originales.
C ‘est France Jarre qui, la première, a accueilli Jean Moulin lorsqu’il est venu à Lyon, puis elle a été déportée a Ravensbnick. A2 a invité son fils dans toutes ses émissions et journaux, et diffuse son concert lyonnais en stéréo avec NRJ.
Pardonnez-lui, cela fait trois jours qu’il ne dort pas… » En I’absence des propriétaires de céans – Jean-Michel sera de retour dans queIques minutes, Charlotte (Rampling) est au Texas où elle tourne un film policier et les enfants, Barnabé, Emilie et David, sont en classe – une pétillante dame très brune fait les honneurs de la maison de Jean-Michel Jarre, à Croissy, près de Paris. « C’est la dernière fois que I’on photographie le mobilier 1950 de Jean-Michel et de Charlotte. Le mois prochain, ils vont tout refaire. » France Jarre, la mère de Jean-Michel, ne parait pas fâchée de voir disparaître les tables de formica et les lampes à abat-jour de plastique. « Savez-vous que c’est probablement à ma mère que je dois d’avoir eu I’envie de mon grand concert à Lyon, lors de la visite du Pape à I’automne 1986 ? », précise Jean-Michel.
L ‘inventeur du pick-up Teppaz
II est né a Lyon, en août 48, à l’hôpital de la Croix Rousse: « C’est grâce à ma mère, d’une vieille famille lyonnaise, et à mes grands-parents Jarre, eux aussi lyonnais, que j’ai gardé de très profondes attaches avec cette ville. Je n’y ai pas grandi puisque ma mère m’a élevé seule, modestement, à Vanves, mais j’y ai passé mes vacances jusqu’à I’adolescence. » Jean-Michel se souvient qu’enfant, il était fasciné par les boutiques d’antiquités que tenait, à côté de celle de sa mère, aux Puces, le frère de Boris Vian. « Mes instruments – clavier à images ou harpe laser sont directement héritiers de son orgue à parfums ou de son violon trompette. » Héritiers aussi de cette console de mixage dont son grand-père, André Jarre, fut I’inventeur avant de mettre au point le premier pick-up portable Teppaz. « Son atelier était pour moi une caverne d’ Ali Baba où je passais des journées entières pendant mes vacances. Le concert de Houston, : avec un million trois cent mille spectateurs, était impressionnant par ses dimensions. Celui de Lyon, lui, m’a particulièrement ému. Vous vous rendez compte la scène se trouvait exactement à I’endroit où ma grand-mère allait faire son marché. Mes grands-parents habitaient cours de Verdun. De la fenêtre, on voyait les boulistes. Maintenant, tout est bétonné. »
Ce béton, qui a gangréné la ville et dont I’invasion a coïncidé avec la disparition de ses grands-parents, a tenu Jean-Michel quelque temps éloigné de sa ville natale. Mais I’empreinte restait puissante. « Quand j’ai su que le pape allait venir à Lyon, j’ai aussitôt sauté sur I’occasion que m’offrait I’actualité pour faire connaître cette ville particulièrement complexe et attachante. Lyon est à la fois très religieuse et très franc-maçonne. C’est une ville très florentine et très européenne, de par sa position de carrefour entre l’Europe latine et l’Europe du Nord. C’est, enfin, une ville du passé tournée vers le futur. Et en pleine actualité avec la visite du Pape, puis aujourd’hui, avec le procès Barbie. » Un procès que la mère de Jean-Michel suit avec beaucoup d’attention. « Au début de la guerre, elle tenait un commerce de lingerie féminine, La Lingerie pratique, et c’est une héroïne de la Résistance. Lorsque Jean Moulin est venu à Lyon, c’est elle qui, la première, I’a accueilli. Trois fois arrêtée, elle a été trouvée la troisième fois – quinze jours avant la Libération de Paris – en possession de tous les plans de l’insurrection à Paris. Elle a été déportée à Ravensbrück dont elle n’est revenue qu’un an plus tard. »
La médaille de De Gaulle
Dès 1942, France Jarre recevait de Londres sa médaille de la Résistance que Charles De Gaulle lui avait fait envoyer et qu’elle reçut d’un parachutiste. Elle devait être la première femme résistante ainsi récompensée: « Ma mère redoute un peu le « cirque » que Verges crée autour de ce procès, mais contrairement à d’autres, elle estime que ce procès est indispensable. En ce qui me concerne, je pense qu’en dépit des révélations choquantes et scandaleuses que risque de faire Verges, et qui viseront à salir des résistants et même, je crois, des Juifs, notre époque, et les jeunes surtout, est assez adulte pour s’accommoder d’une vision de I’Histoire moins monolithique que celle qui nous a été enseignée à nous. » C’est parce qu’il pense, aussi, que le troisième millénaire sera celui de I’intégration du passé et du modernisme le plus avancé, que Jean-Michel Jarre a pour prochain projet la réalisation d’un concert-show à Londres, dont les anciens docks réaménagés accueillent, dans ce qui fut le coeur de I’ Angleterre du passé, les industries et les installations les plus révolutionnaires: « Le concert, expliquait-il, aura lieu en septembre. II ne me reste plus que trois mois pour écrire la musique et monter le spectacle. Je cours sans cesse après le temps, surtout en ce moment, mais la journée d’ Antenne 2 me satisfait pleinement. Rendre compte à la fois de I’actualité et des émotions qu’elle suscite en moi, c’est précisément la raison d’être de mes spectacles où je mêle différentes formes d’expression, images, musique et sons. » II y a, dans le programme d’été de Jean-Michel Jarre, beaucoup de nuits blanches en vue. Car celui que la presse a sacré « pape de la musique futuriste », et qui a conquis le monde avec trente millions de disques vendus, est avant tout un passionné…
Martine BOURRILLON Photos Alain Canu
C ‘est France Jarre qui, la première, a accueilli Jean Moulin lorsqu’il est venu à Lyon, puis elle a été déportée a Ravensbnick. A2 a invité son fils dans toutes ses émissions et journaux, et diffuse son concert lyonnais en stéréo avec NRJ.
Pardonnez-lui, cela fait trois jours qu’il ne dort pas… » En I’absence des propriétaires de céans – Jean-Michel sera de retour dans queIques minutes, Charlotte (Rampling) est au Texas où elle tourne un film policier et les enfants, Barnabé, Emilie et David, sont en classe – une pétillante dame très brune fait les honneurs de la maison de Jean-Michel Jarre, à Croissy, près de Paris. « C’est la dernière fois que I’on photographie le mobilier 1950 de Jean-Michel et de Charlotte. Le mois prochain, ils vont tout refaire. » France Jarre, la mère de Jean-Michel, ne parait pas fâchée de voir disparaître les tables de formica et les lampes à abat-jour de plastique. « Savez-vous que c’est probablement à ma mère que je dois d’avoir eu I’envie de mon grand concert à Lyon, lors de la visite du Pape à I’automne 1986 ? », précise Jean-Michel.
L ‘inventeur du pick-up Teppaz
II est né a Lyon, en août 48, à l’hôpital de la Croix Rousse: « C’est grâce à ma mère, d’une vieille famille lyonnaise, et à mes grands-parents Jarre, eux aussi lyonnais, que j’ai gardé de très profondes attaches avec cette ville. Je n’y ai pas grandi puisque ma mère m’a élevé seule, modestement, à Vanves, mais j’y ai passé mes vacances jusqu’à I’adolescence. » Jean-Michel se souvient qu’enfant, il était fasciné par les boutiques d’antiquités que tenait, à côté de celle de sa mère, aux Puces, le frère de Boris Vian. « Mes instruments – clavier à images ou harpe laser sont directement héritiers de son orgue à parfums ou de son violon trompette. » Héritiers aussi de cette console de mixage dont son grand-père, André Jarre, fut I’inventeur avant de mettre au point le premier pick-up portable Teppaz. « Son atelier était pour moi une caverne d’ Ali Baba où je passais des journées entières pendant mes vacances. Le concert de Houston, : avec un million trois cent mille spectateurs, était impressionnant par ses dimensions. Celui de Lyon, lui, m’a particulièrement ému. Vous vous rendez compte la scène se trouvait exactement à I’endroit où ma grand-mère allait faire son marché. Mes grands-parents habitaient cours de Verdun. De la fenêtre, on voyait les boulistes. Maintenant, tout est bétonné. »
Ce béton, qui a gangréné la ville et dont I’invasion a coïncidé avec la disparition de ses grands-parents, a tenu Jean-Michel quelque temps éloigné de sa ville natale. Mais I’empreinte restait puissante. « Quand j’ai su que le pape allait venir à Lyon, j’ai aussitôt sauté sur I’occasion que m’offrait I’actualité pour faire connaître cette ville particulièrement complexe et attachante. Lyon est à la fois très religieuse et très franc-maçonne. C’est une ville très florentine et très européenne, de par sa position de carrefour entre l’Europe latine et l’Europe du Nord. C’est, enfin, une ville du passé tournée vers le futur. Et en pleine actualité avec la visite du Pape, puis aujourd’hui, avec le procès Barbie. » Un procès que la mère de Jean-Michel suit avec beaucoup d’attention. « Au début de la guerre, elle tenait un commerce de lingerie féminine, La Lingerie pratique, et c’est une héroïne de la Résistance. Lorsque Jean Moulin est venu à Lyon, c’est elle qui, la première, I’a accueilli. Trois fois arrêtée, elle a été trouvée la troisième fois – quinze jours avant la Libération de Paris – en possession de tous les plans de l’insurrection à Paris. Elle a été déportée à Ravensbrück dont elle n’est revenue qu’un an plus tard. »
La médaille de De Gaulle
Dès 1942, France Jarre recevait de Londres sa médaille de la Résistance que Charles De Gaulle lui avait fait envoyer et qu’elle reçut d’un parachutiste. Elle devait être la première femme résistante ainsi récompensée: « Ma mère redoute un peu le « cirque » que Verges crée autour de ce procès, mais contrairement à d’autres, elle estime que ce procès est indispensable. En ce qui me concerne, je pense qu’en dépit des révélations choquantes et scandaleuses que risque de faire Verges, et qui viseront à salir des résistants et même, je crois, des Juifs, notre époque, et les jeunes surtout, est assez adulte pour s’accommoder d’une vision de I’Histoire moins monolithique que celle qui nous a été enseignée à nous. » C’est parce qu’il pense, aussi, que le troisième millénaire sera celui de I’intégration du passé et du modernisme le plus avancé, que Jean-Michel Jarre a pour prochain projet la réalisation d’un concert-show à Londres, dont les anciens docks réaménagés accueillent, dans ce qui fut le coeur de I’ Angleterre du passé, les industries et les installations les plus révolutionnaires: « Le concert, expliquait-il, aura lieu en septembre. II ne me reste plus que trois mois pour écrire la musique et monter le spectacle. Je cours sans cesse après le temps, surtout en ce moment, mais la journée d’ Antenne 2 me satisfait pleinement. Rendre compte à la fois de I’actualité et des émotions qu’elle suscite en moi, c’est précisément la raison d’être de mes spectacles où je mêle différentes formes d’expression, images, musique et sons. » II y a, dans le programme d’été de Jean-Michel Jarre, beaucoup de nuits blanches en vue. Car celui que la presse a sacré « pape de la musique futuriste », et qui a conquis le monde avec trente millions de disques vendus, est avant tout un passionné…
Martine BOURRILLON Photos Alain Canu
Jarre : Pékin se met au diapason
L ‘opéra chinois de demain se jouera-t-il au synthétiseur ? Pour la première fois, cet instrument de musique électronique a fait son entrée en Chine dans les bagages, de Jean-Michel Jarre. A Pékin, puis a Chang-hai, l’auteur’ d’« oxygène » et d’« Equinoxe » a montré comment, musicalement, on peut tout faire avec un synthétiseur. . En manipulant les potentiomètres et les fiches de connexion, on invente des sonorités, on les amplifie, on les superpose. Rien n’empêche de produire une mélodie et une rythmique asiatiques et de les programmer en fond sonore. On peut imiter la flûte, la guitare, le bruit de la mer, le vent… Et tout cela avec un appareil qui tient dans une valise ! De quoi dérouter les doctes professeurs de musique chinois. Pourtant, par-delà les siècles et les cultures, une parenté s’est vite révélée entre les possibilités de l’électronique et la musique traditionnelle chinoise ; cousinage inattendu qui repose sur une recherche commune des sonorités. . Le synthétiseur n’a pas de musique en soi ; il ne s’emprisonne nullement dans. un système de gammes. Tout dépend des sons voulus et fabriqués par le musicien qui s’en sert. Or, précisément, cette ouverture totale dans la création sonore a toutes chances de séduire en Chine. L ‘oreille musicale y est habituée depuis toujours à une approche instinctive des sons. Dans l’orchestre, flûtes, cymbales ou erhu (le violon chinois) ont chacun leur autonomie d’expression. « C’est la différence, explique Jean-Michel Jarre, avec notre musique classique. qui privilégie les constructions harmoniques codifiées en solfège. En Chine, le son à l’état pur domine même la langue : un même mot change de sens selon le ton sur lequel il est prononcé. » Mais si le synthétiseur rencontre de la sorte les goûts ancestraux, il présente en outre, dans la Chine d’aujourd’hui, !’avantage de symboliser I’ultramodernisme. Et depuis trois semaines, à Radio-Pékin, la célèbre émission « Boite aux lettres, musique étrangère est consacrée deux fois par semaine à l’oeuvre de Jean-Michel Jarre. Quelques mots d’introduction : la commentatrice présente Jean-Michel Jarre, sa formation classique, son succès en Occident, et indique qu’il vient de séjourner en Chine en compagnie de son épouse, l’actrice Charlotte Rampling; ensuite, musique à I’appui, on explique ce qu’est un synthétiseur . Le 14 juiIlet, « oxygène . et «Equinoxe ont été diffusés intégralement. Cela, en commémoration de la grande Révolution française. Mais aussi, a ajouté la radio chinoise, pour marquer le premier anniversaire du concert de Jean-Michel Jarre, place de la Concorde, qui attira plus d’un million de personnes. Une foule suffisante pour être prise en considération en Chine. . RICHARD ARZT
Source: http://www.lepoint.fr/
Source: http://www.lepoint.fr/
Jean-Michel Jarre : un des maîtres du synthé
Jean Michel Jarre, quelle est votre formation générale ?
« J’ai fait des études d’écriture au Conservatoire (harmonie, fugue, contrepoint…). J’ai ensuite travaillé au Groupe de Recherches Musicales, avec Pierre Schaeffer, et c’est à cette occasion que je me suis rapproché de la musique tout d’abord électro-acoustique, puis électronique.
La musique électro-acoustique est une musique concrète. C’est-à-dire qu’il y a un traitement de sons naturels, enregistrés à Paris à l’aide d’un micro et transformés soit par montage, soit par filtrage. La musique électronique, elle, est une musique faite par des instruments électroniques. C’est au Groupe de Recherches Musicales que j’ai eu l’occasion de travailler sur l’un des plus gros synthétiseurs d’Europe. »
Pourquoi vous êtes-vous dirigé vers la musique ?
Je suis d’une famille de musiciens, ce qui m’a paut-être prédisposé dans cette voie.
Vers les années 60, parallèlement à mes cours, je jouais dans des petits groupes de rock. Cela m’a permis de conserver un angle beaucoup plus large sur la musique que certains musiciens qui se limitent dans le classique en ayant un profond mépris pour tout ce qui n’est pas leur musique, ou bien dans la Pop Music où les musiciens ont un certains complexe vis-à-vis du classique.
Je me suis donc aperçu qu’il y avait peut-être des manques dans l’enseignement traditionnel de la musique. On apprend encore la musique comme on l’apprenait au XIXè siècle. Les livres que j’avais ont été faits à cette époque.
Avec la technologie actuelle, l’évolution musicale et surtout la façon dont on reçoit la musique, il m’a semblé que c’était un peu limité et je suis donc entré au Groupe de Recherches Musicales.
C’est au GRM que vous avez fait connaissance avec le synthétiseur ?
Oui, je m’y intéressais auparavant, mais c’est là que j’ai fait mes premières armes. Là aussi je me seuis rendu compte que les gens de la musique contemporaine et les gens du GRM avaient une attitude très intellectuelle et très abstraite vis-à-vis de la musique, et qu’ils se préoccupaient beaucoup de philosophie, de mathématiques, voire même de sociologie appliquées à la musique que de musique elle-même. Comme je me sentais plus proche du musicien que du chercheur de laboratoire, j’étais mal dans ma peau puisque ce dont j’avais envie, c’était de faire de la musique.
De plus, il y avait une attitude assez élitiste vis-à-vis du public. On faisait de la musique de recherche, et on avait tendance à dire : « Voilà mon dernier chef-d’oeuvre ! » Or il est tout à fait normal de faire de la recherche, c’est ce qu’on fait tous, mais entre la recherche et le travail musical abouti, il y a un pas qu’il faut non seulement franchir soi-même, mais faire franchir aux gens ; et non pas leur dire : « Si vous ne comprenez pas, retournez à l’école ! » C’est, à mon avis, un peu la tendance de la musique contemporaine actuelle, que ce soit l’IRCAM ou les différents groupes ou groupuscules. Il y a une attitude réactionnaire par rapport à la musique et tout ce qui peut se rapprocher de la sensibilité, d’un certain plaisir est considéré comme suspect !
Un effort a été fait au niveau de la musique classique (ce qui ne veut pas dire grand-chose, puisqu’à l’époque où elle a été faite, elle n’était pas « classique »). C’était, au départ, une musique réservée à une caste, mais il n’y a jamais eu de problèmes particuliers pour que les les gens la « ressentent ». C’est seulement après la deuxième Guerre mondiale que certains musiciens ont adopté une attitude de « penseurs de la musique ». De la même façon au cinéma, il y a eu toute une génération qui a été faite de penseurs, plutôt que de metteurs en scène, et je pense que la crise du cinéma en France depuis 15 ans est la même que celle de la musique depuis 25 ans. On commence à ouvrir les portes, mais c’est un début.
Pensez-vous que cela va changer ?
Oui, je pense. Ne serait-ce que par les médias, par l’ordinateur, qui vont profondement changer les moeurs et la vie quotidienne des gens.
Si on prend l’exemple de l’ordinateur (GRM, Ircam), on associe maintenant le synthétiseur à l’ordinateur. Ne pensez-vous pas que l’ordinateur risque de conduire les musiciens à faire une musique beaucoup plus abstraite donc moins agréable ?
Le problème est que la Banque de France elle-aussi utilise l’ordinateur et que l’on a tendance à faire porter le chapeau de l’émotion ou du manque d’émotion à l’instrument qu’on utilise. Or, cela dépend uniquement de la personne qui utilise l’instrument. Vous pourriez me poser la même question pour le synthétiseur, à savoir que le public considère le synthétiseur comme quelque chose de froid, de robotisé. Les gens ne font pas bien la différence et trouvent cela beaucoup plus proche de la machine à laver ou de la machine à coudre que d’un instrument musical authentique. Cela vient de cette frange de musiciens qui ont tendance à considérer ces instruments électroniques comme des machines. Ce sont les musiciens eux-mêmes qui ont entretenu cette confusion ; et ce, pour une raison bien simple : ces instruments électroniques ont été fabriqués pour la première fois par des techniciens, qui ont alors fait de la musique dessus comme des techniciens, puisqu’aucun musicien ne s’y était interessé. Donc le résultat était abstrait. Ce qui ne veut pas dire que le synthétiseur ne peut pas donner de résultats sur le plan émotionnel.
Quelle est donc votre approche du synthétiseur ?
Je me suis dit, à l’époque où j’étais au GRM, que la seule solution (étant donné que notre génération est une génération de pionniers vis-à-vis de ces instruments électroniques), la seule solution était donc d’explorer cela, tout seul. Petit à petit (ce qui n’était pas évident à l’époque étant donné leur prix), j’ai donc commencé avec presque rien : quelques générateurs, deux Revox, une petite console maison, un dispatching fait dans une boîte de chaussures, tout ce qu’il a de plus « Concours Lépine » !
C’est, en fait, la meilleure école. Il est extrêmement dangereux d’avoir au départ des instruments sophistiqués, parce qu’on est alors noyé, on s’y perd ! Il est important d’évoluer lentement pour ne pas se décourager. Donc ne pas commencer par de gros synthés.
Les gros synthétiseurs qui apparaissent sur le marché en ce moment sont pour la plupart programmables qui donnent un accès direct aux sons. Peut-on, à votre avis, commencer avec ce genre d’instruments ?
Il n’y a pas de loi. A mon avis, le synthétiseur est la meilleure façon d’aborder la musique pour un enfant, car c’est la première fois dans l’histoire de la musique qu’on a la possibilité de travailler le son lui-même. La différence essentielle entre instruments acoustiques et électroniques, c’est que les instruments acoustiques ont un timbre déterminé au moment de la fabrication qu’on pouvait, à la rigueur, transformer ou alterner, mais il fallait faire avec.
Maintenant, on peut créer son propre son, comme un sculpteur travaille son bloc de pierre avec ses mains. Cela me parait fondamentalement nouveau. En occident, on a tendance à mettre la charrue avant les boeufs, on apprend aux enfants le code avant de leur apprendre le son. Avec un synthétiseur, on peut vraiment réaliser ce qu’est le son, comment est forme un son, une attaque, une résonance, etc., comment on peut filtrer un son, lui mettre de l’écho, on va réaliser ce qu’est la hauteur du son, le rythme.
J’ai d’ailleurs fait des conférences dans des universités américaines, car je suis convaincu que le synthétiseur va ouvrir aux générations futures des horizons nouveaux sur la musique.
Pensez-vous que la démarche de certains fabricants japonais de proposer des synthétiseurs à 2000 francs ou moins, aille vers une généralisation du synthétiseur ?
Oui, absolument ! Cet après-midi-même, je fais, à leur demande, une T.V. pour les enfants du Conservatoire qui apprennent à jouer des instruments « classiques », et qui ne connaissent pas le synthé. C’est le genre de chose importante à faire pour modifier l’image du synthétiseur perçue par le public. Cette image se modifie en France, en partie grâce à la musique que j’ai faite, et qui a eu une audience totalement imprévue.
C’est donc une bonne chose, car on peut avoir vis-à-vis du synthé une attitude intuitive, ce qu’on ne peut avoir vis-à-vis du piano par exemple. Les instruments acoustiques sont paradoxalement des instruments beaucoup plus culturels que les instruments électroniques qui permettent une attitude plus naturelle vis-à-vis du son parce que vous êtes en même temps votre propre luthier.
Le petit synthé a cependant des limites au point de vue expression…
Oui, mais on ne demande pas à une flûte à bec de tenir le rôle d’un orchestre symphonique. Un petit synthé a un rôle bien déterminé. Si on veut aller plus loin, on peut utiliser un instrument plus sophistiqué. On est, en ce moment dans la première génération de synthétiseurs, et on aborde la seconde génération, celle des synthés digitaux qui vont permettre la synthèse auditive d’une façon beaucoup plus pratique que les genres modulaires ou autres. On pourra alors avoir des sons aussi riches que les sons acoustiques. Jusqu’à présent, le son électronique manque d’harmoniques, ce sont des fréquences pures que l’on peut mélanger les unes aux autres, mais on ne peut pas avoir la richesse d’un son de piano ou l’on a des harmoniques entre le début du son et la fin de la résonance qui naissent et qui meurent. C’est la raison pou laquelle les synthés analogiques de la première génération sont un peu limités du point de vue harmoniques.
Sur le plan de l’expression, il y a aussi le clavier sur lequel la force de frappe n’intervient pas…
Le clavier du synthé est en effet un élément rapporté. Pour jouer du synthé, il n’y a pas besoin de clavier, mais notre culture européenne nous a fait connaître le clavier. Jean-Luc Ponty, par exemple, utilise sa technique de violon pour jouer du synthétiseur, et ce depuis des années. De la même façon des batteurs utilisent leur technique pour jouer du synthé.
Si vous voulez, le clavier est peut-être quelque chose qui va disparaître dans les années à venir sur le synthétiseur pour trouver son autonomie. On peut imaginer un clavier de Morse, ou n’importe quoi, y compris les interfaces qui existent à l’heure actuelle. Le clavier est l’interface entre le musicien et le synthétiseur. Chaque musicien est libre de choisir l’interface qu’il souhaite.
C’est en ce moment assez limité, à part certaines productions comme le synthétiseur à vent.
C’est pourquoi je dis que nous en sommes au départ.
Les convertisseurs sont pour le moment assez inefficaces et ne permettent pas une approche suffisante.
On a évidemment de gros progrès à faire puisque l’on compare des instruments qui ont quatre cent ans d’existence avec des instruments vieux d’à peine quinze ans, et cependant ces derniers sont, à mon avis, plus riches que les premiers. On se trouve aujourd’hui, pour les synthés, dans la situation des compositeurs du XVIIè siècle qui travaillaient avec des luthiers pour essayer d’obtenir des instruments appropriés au vocabulaire qu’ils voulaient utiliser. Les instruments étaient donc adaptés au contexte de l’époque.
Or, depuis trois cents ans, on n’a pratiquement pas inventé d’instruments en dehors du saxophone et quelques autres dérivés. On ne vas pas faire jusqu’à la fin du monde de la musique avec les mêmes instruments. Ce serait une attitude extrêmement passéiste. Je ne mets pas en doute la qualité des instruments acoustiques.
Mettre un micro sur un violon, c’est considérer les instruments comme des infirmes, parce qu’ils n’ont pas été faits pour çà, même si on obtient de bons résultats avec.
Il est temps de trouver une nouvelle palette sonore, une nouvelle lutherie appropriée à la façon dont les gens écoutent de la musique. Les violons, par exemple, sont adaptés au mode d’écoute de la musique, en prise au XVIIè, XVIIIè et XIXè siècles dans la mesure où l’on écoutait la musique par des voies électro-acoustiques, électriques (chaînes Hi-Fi, haut-parleur, etc.). Il est donc certain qu’un instrument acoustique n’a pas été pensé pour cela et qu’un synthé est beaucoup plus adapté, à cause deson identité de facture entre les médias qui diffusent la musique et les instruments qui créent le son.
Il y a identité de facture, mais un synthé n’a pas de son propre, il a un signal électrique, et si on le fait passer à travers un H.P. de voiture ou une enceinte de studio, on aura deux instruments totalement différents.
Comme tous les instruments ! Et c’est pour cette raison que la caisse de résonance des instruments des musiciens d’aujourd’hui, c’est le H.P., c’est la chaîne hi-fi, c’est le résultat final.
C’est pour cette raison que, dans mon travail, je m’attache à suivre jusqu’au bout la gravure et le pressage, les duplications de cassettes. Cela fait partie de l’orchestration de la musique. C’est le résultat. Dès qu’il y a techniquement une amélioration au niveau de la gravure, du pressage, je refais mes gravures, mes pressages (ce qui ne fait pas plaisir à une maison de disques !). Je pense que c’est normal.
Il faut faire des mixages différents pour l’écoute dans les voitures, sur les chaînes hi-fi et les radios ou les discothèques. C’est ce que je fais pour mes prochains disques, et que j’ai fait pour « Equinoxe ».
En dehors du phénomène disco, si la musique est diffusée dans un aéroport, c’est forcément une musique différente. Il faut remixer ce que vous avez fait en fonction du canal que vous utilisez.
Cette façon de voir, vous ne l’avez pas envisagée avec « Oxygène » mais avec « Equinoxe » et la suite.
Je ressors actuellement une version d’ »Oxygène » avec une gravure totalement différente : un disque haute-fidélité pour « Oxygène » en 45 tours avec un disque « sans colorant », car je me suis aperçu que les disques en vinyl noir permettaient de « cacher » les défauts. Sur des disques translucides, on a une possibilité de contrôle plus importante. J’ai déjà fait des essais. Ca coûte beaucoup plus cher, mais les resultats sont nettement meilleurs.
Jean-Michel Jarre, une musique en images qui sort des ordinateurs.
Avec ses deux titres « Oxygène » et « Equinoxe », le voilà, à 29 ans, aussi célèbre que son père, compositeur de la musique du film « Le Docteur Jivago ». Il vient de lancer une cassette vidéo réalisée à partir du concert électronique qu’il avait donné place de la Concorde le 14 juillet 1979.
par François Jouffa
Il s’appelle Jean Michel Jarre A 29 ans, II est plus célèbre que son père Maurice, compositeur de la musique du docleur Jivago. Ses deux 33 tours – Oxygène et Equinoxe se sont vendus dans le monde à 14 millions d’exemplaires. Une belle fortune en droits d’auteur. C’est aussi un mari comblé. Sa femme, c’est tout slmplement Charlotte Rampling, l’héroïne du Taxi mauve. Mais il en faut encore plus à ce jeune homme au visage romantique, qui n’est pas du genre à se contenter de bravos et autres congratulations dans les dîners en ville. Lui, ce qu’il aime, c’est travailler en tête à tête avec des manettes. Des boutons Des voyants sonores et lumineux. Toute une machinerie electronique qu’il manipule avec l’excitation d’ un môme de cinq ans découvrant son premier train électrique.
Ca commence comme une belle histoire. Modestement bien sûr mais le destin est déjà tracé en pontillés. Dans sa salle de bain, Jean-Michel pense, enregistre et compose des musiques expérimentales aux frontières de la science-ficlion. Pourquoi la salle de bains ? Comme chacun sait, c’est là qu’on se réfugie quand l’appartement est trop petit.
Aujourd’hui, I’entreprise a pris de l’envergure. Le matériel s’est perfectionné. Mais Jean-Michel en bon artisan consciencieux continue de bricoler fils et lampes avec la même passion. teintée d’entêtement.
Il travaille avec quarante synthétiseurs
Sa maison, une bâtisse Empire, meublée en 1930, n’a rien d’un laboratoire. Et le chercheur n’est fou ni fauché.
Dehors, on baigne en plein tableau de Renoir ou de Manet. Ce n’est pas pour rien que les maîtres de I’impressionnisme ont autrefois planté ici leur chevalet. Dans le jardin qui domine les berges de la.Seine, Charlotte, sa femme, en combinaison rose de pompiste passe les planles vertes en revue. 4000 m2, ça demande de l’attention. Même si un paysagiste a ausculté le jardin et donné des conseils d’entretien. Et à queiques mètres de là, David, 3 ans, lui, fait de la balançoire.
Nous vivons une époque formidable, nous explique Jarre. Le public ne se rend pas encore compte pie combien l’électronique va ouleverser sa vie quotidienne dans les cinq prochaines années. » Jarre aime expliquer, vulgariser son enthousiasme reste celui d’un adolescent fasciné par le monde de demain. Nous sommes ici au domaine des synthétiseurs et des computers. L’usine à sons la plus équipée des temps modernes. Autour d’une console de mixage sont installés rien moins que quarante synthétiseurs, quatre magnétos dont un de vingt quatre pistes. Un vrai tableau de bord. On se demande où I’apprenti-sorcier a trouvé le mode d’emploi pour maîtriser tous ces boutons. Mon grand-père était centralien et jouait du hautbois. Ce qui ne I’empêchait pas d’inventer un moulin à café en bricolant un moteur de scooter et un carter d’aspirateur . Un lourd héritage de bricoleur. Et Jean-Michel Jarre présente sa dernière création une cassette vidéo. Tirée au départ à 40000 exemplaires, elle sera dès la semaine prochaine en vente pour 200 F dans les magaslns de disques, les boutiques de matériel de cinéma et même d’électroménager – La vidéo fait maintenant partie de notre vie, dit Jean-Michel Jarre. Et le parc de magnétoscopes est déjà impressionnant. Mais, en dehors des copies de films de fiction réalisés pour le cinéma, on n’a rien à glisser dans les appareils je suis un pionnier. Parce que Ia vidéo m’intéresse en tant qu’Art, mais aussi en tant que produit commercial comme moyen de communication moderne. A la naissance des premiers microsillons, on s’était empressé d’annoncer la mort du livre et de Gutenberg. Et aujourd’hui, on peut imaginer que ces images sonores vont révolutionner le marché. Acheterons-nous encore des disques ? Bien sûr, mais la vidéo musicale va très vite devenir une mode. Et même un nouveau besoin.
Il voudrait faire un son et lumière dans la Cité interdite
Cette cassette, disponible dans tous les procédés (Pal européen, Secam français ou NTC américain, de format VHS ou Betamax), dure 32 minutes Il l’a réalisée Iui même. A partir des matériaux filmés et enregistrés lors de son gigantesque concert, total, visuel et sonore qui attira un million de personnes à la Concorde, au 14 julllet de I’année dernière. Pour visionner, en avant première, cette chose. qui n’est ni un disque, ni un film, Jarre m’emmène dans sa chambre à coucher. On y accède en toute simplicite par un ascenseur rétro et c’est là, dans un décor tout en bleu et gris, au milieu d’une collection de robots, que trône I’important matériel vidéo. L’électronique est envahissante chez les Jarre. Mais I’ancien élève du Conservatoire puis du Service de la recherche de l’ORTF, lui qui a inventé une nouvelle forme de composition musicale électronique, est tout à coup désarmé impossible de mettre I’engin en route. La science fiction est en débâcle. Trahis par les robots, nous abandonnons Iâchement et nous nous réfugions au salon, où Charlotte nous sert des jus de fruits exotiques. Là, sous un poste à galène trop vétuste pour a voir même connu les programmes de Radio-Cité, il allume une chalne hi-fi pour me faire écouter un concert de musique chinoise qu’il a enregistré lui-même sur place – Les Chinois s’intéressent à ce que je fais, dit-il. Après la Révolution culturelle, qui ne leur a laissé que deux pianos pour tout le pays, les Chinois se découvrent des appetits. Mes disques Ies branchent, particulierement. Mes sonorités planantes sont assez proches de leur conception musicale. Ils ont passé plusieurs fois mes disques à la radio, et comme ils étaient fascinés par mon matériel, je leur en ai offert une partie, apres leur avoir montré comment on pouvait en sortir le bruit de la mer et celui du vent. En fait, Jean Michel Jarre rêve de faire vibrer la Cité interdite où le Temple du Ciel où I’empereur venait méditer. Illuminer sonoriser ces décors presque mythiques ça serait un extraordinaire événement. Mais, une fois de plus, la chaîne hi-fi ne répond pas. Et Jean Michel, celul dont on dit qu’il joue du synthétiseur comme Paganinl du violon, jette des regards en SOS à sa femme Charlotte qui elle vient de terminer le tournage du dernier film de Woody Allen ne va pas se laisser désarmer pour si peu. Elle propose une solution du studio de Boulogne-Billancourt, stationne un car ultra-perfectionné de vidéo TéléFrance en activité
- En ce moment Jean Michel a besoin de moi. J’attends la fin de I’enregistrement de son troisième album et de la cassette puis je reprends le chemin des studios. Nous avons un planning nous travaillons à tour de rôle, pour mieux profiter I’un de I’autre et surtout de nos enfants. 1980 c’est I’année de Jean-Michel. Et j’en profite pour m’initier à la photographie. Et c’est le petit David qui ouvre les grilles de Ia propriété et les referme au moyen d ‘une commande à distance ça au moins, ça marche. Une fois dans le car, qui a coûté un milliard de centimes, Jarre ne peut s’empêcher de se remettre à faire joujou en improvisant des enchaînements de jets de couleurs el de formes abstraites en délire qui apparaissent sur une quinzaine d’écrans de dlfférentes tailles. J’ai 64 possibilités d’enchaînement différents dans cette régie de trucage vidéo, précise le compositeur réalisateur bricoleur en jubilant. Enfin, il enclenche la cassette tant attendue. Des effets visuels se superposent, synchronisés avec la musique bien connue de Jarre. Le concert de la Concorde a été recomposé, et la Seine l’Obélisque et la Chambre des députés flottent dans une mosaïque de couleurs. Les piétons des Champs-Elysées jouent les figurants dans la grande fresque vidéo. Le monde prend sa propre démesure. Lignes en perspectives et instruments de musique électronique apparaissent en cascade. Même le feu d’artifice final a été trafiqué décomposé en puzzle magique, il éclate à plein écran ça fuse, ça explose sur fond de musique cosmique. Toutes ces formes rythmées, ces croix, ces rectangles et losanges qui, par ordinateur, réagissent aux vibrations des aigus, des graves et du tempo sont, au début des années 80, ce que les trouvailles techniques de Jean-Christophe Averty étaient à la télévision à la fin des années 50. En quelques mois de recherche Jean-Michel Jarre a fait avancer la conception du show.
Deux guides exceptionnels pour une première à l’Opéra
» L’important, c’est de casser les ghettos. » Jean-Michel Jarre, la star du synthétiseur et de la musique electro-acoustique (14 millions de disques vendus avec seulement deux albums, « Oxygène » et « Equinoxe »), nous conduit, avec son épouse Charlotte Rampling, un soir à l’Opéra (prévu pour le 19 septembre). Au programme: » La Femme sans ombre « , de Richard Strauss. Avec leur ami Bernard Lefort, patron tout neuf de l’Opéra, et TF1 , qui continue sa lancée sur le terrain de la musique, ils ont connu la première émission de cette nouvelle série, (« Opéra-première », comme une visite guidée à travers ~ une oeuvre Iyrique des ~ extraits fragmentés, un ( reportage sur le travail de mise en scène et celui des interprètes, qu’ils commentent tous les deux. A Croissy, le long de la Seine, dans la maison début de siècle et dans le jardin à I’anglaise (comme Charlotte) , résonnent les bruits du bonheur. Aux rires de leurs enfants, Barnabé, sept ans, le fils de Charlotte, Marie, cinq ans, la fille de Jean-Michel, et David, leur petit dernier de trois ans, se mêlent les aboiements de leurs deux chiens, Polka et Oscar. Rien ne parvient à troubler I’assoupissement du chat de Charlotte, Woody (nommé ainsi à cause d’un certain Allen qu’elle connaît bien), ni le travail de Jean-Michel, qui se réfugie dans son antre-Iaboratoire pour composer. II travaille dur, dur, tandis que Charlotte est en vacances de tournage depuis le printemps.
UN CONCERT A PEKIN
LE TEMPS DU BONHEUR
Pendant dix années, Charlotte enchaîna les films, mais, depuis trois ans qu’elle savoure une vie heureuse, les espaces se sont agrandis entre les tournages. En 1973, qualifiée de « star maigre du sado-masochisme », avec « Portier de nuit », elle entrait dans la lumière de la gloire, mais son souvenir le plus ébloui demeure sa rencontre avec Luchino Visconti, qui lui fit tourner « Les Damnés ». C’était en 1968, elle avait tout juste vingt-deux ans. .( Nous nous entendions à merveille, il me traitait comme sa fille. Le film est ressorti cet été à Paris, mais je n’ai pas voulu le revoir « . Aux personnages tragiques de ses films, elle oppose, quand on la voit aujourd’hui, un équilibre sans faille : qu’elle préserve avec vigilance. Un film, en un soir, à la télévision, fit de la lointaine princesse du » Taxi mauve », une star omniprésente. Tourné par Yves Boisset, d’après le livre de Michel Deon, dans les somptueux paysages d’lrlande, le » Taxi mauve », que Charlotte Rampling tourna enceinte et juste avant d’épouser Jean-Michel Jarre, n’est pas son film préféré, Loin de là : » La photo était belle « , dit-t-elle laconiquement. » Nous travaillons en alternance, avec Jean-Michel, pour ne pas troubler notre vie familiale. Pendant plusieurs mois, j’ai été certainement la passagère la plus assidue du Concorde
Paris-New-York quand je tournais avec Woody AlIen. Je travaillais toute la semaine et revenais retrouver Jean-Michel et les enfants chaque week-end. Le film, qui sort en novembre aux U.S.A., nous le verrons à Paris pour Noël. » » Je n’ai le droit de rien dire, Woody veut garder le secret, sauf le titre, « Number four », certainement parce qu’il va le changer au dernier moment… » Depuis quatre mois, Jean-Michel a pris le relais du labeur dans le couple. » Il prépare la sortie d’une video-cassette du concert qu’il donna, place de la Concorde, le 14-Juillet de I’année dernière. Cette cassette sera diffusée dans vingt-cinq pays, quarante mille exemplaires en Europe. Sa durée sera de trente-cinq minutes. A trente-deux ans, Jean-Michel conserve le titre de pionnier du synthétiseur, médaille de la S.A.C.E.M., et conquistador de la video-musique. Aventurier des sons, il se veut destructeur des frontières
Ses prochains concerts sont programmes à Tokyo, New York, San Francisco, Londres et même Pékin, d’ou ils reviennent tous les deux. Charlotte a joué le reporter photographe, un hobby qu’elle pratique en presque » pro « , (elle a réalisé un numéro de collections pour .. Vogue homme » dont le » top-model .. était, bien sûr, son cher époux) . Elle est revenue chargée de pellicules, tandis que Jean-Michel a quitte Pékin les mains dans les poches, après avoir fait cadeau de deux synthétiseurs aux élèves du Conservatoire. » Je dois y retourner I’année prochaine pour jouer avec un orchestre chinois. » En attendant ce concerto pour orchestre et synthétiseur . l’Opéra de Paris lui a commandé la musique d’un ballet. Avec humour, ii déclare: » J’écris de la musique d’ameublement, comme disait Eric Satie. » D’autres I’appellent aussi musique planante II compose dans I’harmonie d’une maison de rêve ou Charlotte est le metteur en scène de leur vie. Personnages magnifiques a la Scott Fitzgerald
Le bonheur en plus.
Source: www.premiere.fr/
Descente de police - 1980
AVEC: JARRE (JEAN-MICHEL ANDRE) MUSICIEN & RAMPLING (Charlotte TESSA) COMEDIENNE. ‘Thierry Ardisson (l’imper mastic), Jean-Luc Maître (l’imper vert), Didier Blanchat (photo), Jean-François Gate (assistant photo), Jean-Guy Gingembre (Collaboration).
A moins d’un kilomètre de la frontière , la Jaguar freina brutalement sur l’asphalte humide et se mit en travers de la route . Les inspecteurs Ardisson et Maitre s avancèrent vers la voiture , Sony au poing . Les pales de l’hélicoptère faisaient voler les pans de leurs impermeable s . . ..
•« Comment s’appellent les habitants de Chatou? » demanda l’imper mastic. « Les Chatounais », répondit le chauffeur de la 604 (gyrophare & liaison H.F.). « Non. Les Chatousiens », corrigea l’imper vert. « Comment s’ appellent les habitants de Chatou -les Cha tounais – non -le s – Chatousiens », répéta le mini-sony. REC. OK. En traversant la Défense, les deux impers contrôlaient leur arme. Travelling sur des buildings. Chatou (France) 11/03/80. 18 h 07 Avenue Emile Augier. En coupant le contact, le chauffeur coupa Miles Davis. L ‘imper mastic claqua la portière, l’imper vert poussa le portail. Surplombant la Berge des Impressionnistes, ils découvrirent une belle demeure Napoléon III dont ils firent le tour sans trouver personne. (Chaussures cirées sur gravier mouillé. ) lIs gravirent le perron: derrière le double vitrage, un chien berger allemand les fixait. lIs entrèrent: la maison était vide. (Lampe 1930. vidéo & Videobeam. Enceintes « paravent» & radio « voiture américaine ». Tableau 50. Répondeur téléphonique & téléphone a touches. Table 70.) Bureau, coin salon & salle a manger: rez-de-chaussée, personne. Chambres à l’étage, personne. Jarre & Rampling ? Apres la 504 avec compteur (Serge Gainsbourg) et la 604 avec chauffeur (Eddy Mitchell), les deux impers n’avaient plus qu’une solution pour retrouver le couple en fuite: l’hélicoptère. Quelques instants plus tard (18 h 57), ils survolaient le château de Versailles.
Thierry Ardisson – Ton nom ?
Jean-Michel Jarre – Jean-Michel Jarre.
Jean-Luc Maître – C’est le vrai ? .
J.M.J. – Vous voulez voir mes papiers ?
T.A. – Ne confonds pas interrogatoire et interview.
J.L.M. – D’autres prénoms?
J.M.J. – André, c’est tout.
JAMIE JARRE
T.A. – On t’appelait comment quand tu étais petit ?
J.M.J. – Jamie. J.A.M.I.E.
J.L.M. – Elle t’appelle Jamie, Rampling?
J.M.J. – Très souvent, mais ça dépend du climat.
T.A. – Elle t’appelle comme ça ta maman ?
J.M.J. – Elle, et tous les gens que je connaissais bien quand j’étais petit.
J.L.M. – Tu es né quand?
J.M.J. – 24 août 48. Trente-deux ans.
T .A. – Lion !
J.M.J. – Non, Vierge ascendant Lion. A trois heures près, j’étais Lion-Lion.
J.L.M. – Tu mesures combien?
J.M.J. – Un mètre quatre-vingts.
T.A. – Et le poids?
J.M.J. – Soixante-cinq kilos.
J.L.M. – Les yeux ?
J.M.J. – Noisette.
T.A. – Ca, c’est pour dire « marron » quand on est gentil.
J.L.M. – Les cheveux ?
J.M.J. – Jais.
T.A. – Ca, c’est pour dire « noir ».
J.L.M. — Signes particuliers ?
J.M.J. – J’ai deux .gros grains de beauté en forme d’hirondelle sur la fesse droite !
T.A. – D’accord… Et a part ça ?
J.L.M. – Tu te ronges les ongles ? Tu as des cicatrices ? Tu es myope ?
J.M.J. – Non.
T.A. – Jamais eu d’accident?
J.M.J. – Ah si! J’ai ça sur le front. Je suis tombé en patins à roulettes sur la cuvette des cabinets.
J.L.M. – Tu veux dire que tu faisais du patin à roulettes dans les cabinets ?
J.M.J. – Non, je veux dire que les cabinets étaient au fond du couloir et que la porte était ouverte.
T.A. – Tu as toutes tes dents ?
J.M.J. – J’en ai trente-deux.
T.A. – Toutes à toi ?
J.M.J. – Sauf une, en or.
J.L.M. – Devant, elles ne sont pas parfaitement blanches.
J.M.J. – Oui, je le sais: il y a des taches marron/gris ici.
T.A. – Détartrage tous les combien ?
J.M.J. – Le dernier, c’était il y a six mois.
T.A. – Et avant ? J.M.J. – C’était le premier de ma vie.
J.L.M. – Si tu pouvais changer quelque chose de ton visage ou de ton corps, ça serait quoi ?
J.M.J. – Je ne sais pas… Je ne vois pas.
T.A. Avec Gainsbourg, la réponse durait deux heures.
J.L.M. – Mitchell, une demi-heure.
T.A. – Ton type méditerranéen, ça ne te dérange pas ? Blond aux yeux bleus, ça serait pas mieux ?
J.M.J. – Non, tout va bien. II n’y a qu’une chose qui m’aurait géné, c’est d’ être couvert de poils. C’est dégouttant !
J.L.M. – A qui aimerais-tu ressembler?
J.-M.J. – Je ne sais pas… Je vois personne…
T.A. – Mais c’est quoi, pour toi, le bel homme ?
J.M.J. – Pas grand monde. Peut-être Jagger.
J.L.M. – Lieu de naissance ?
J.M.J. – Lyon.
LYON/BERLIN EST
T.A. – C’est grand, Lyon…
J.M.J. – En face de la gare, là où passe l’autoroute. Toutes les fenêtres de l’appartement de mes grands-parents ont été murées : on se croirait à Berlin-Est !
J.L.M. – lIs habitent toujours là ?
J.M.J. Non, ils sont morts.
T .A. ~ Et tes parents ?
J.M.J. – Ma mère a travaillé toute sa vie/ pour m’élever.
J.L.M. – Et maintenant que tu es élevé qu’est-ce qu’elle fait ?
J.M.J. – Elle a un stand aux Puces. Des robes 30, 50, 60… Charlotte s’habille là-bas.
T.A. – Et ton père ?
J.M.J. ~ Man père, c’est Maurice Jarre. II est parti de la maison quand j’avais quatre ans. On a dû se voir dix fois dans notre vie.
J.L.M. – Vous habitiez où, avec ta maman ?
J.M.J. – Porte de Vanves. Un petit deux pièces.
J.LM. Pas beau coup d’argent ?
J.M.J. – Pas du tout. C’est là que j’ai réalisé que j’avais un nom qui signifiait « argent » alors que ma mère faisait des tricots pour gagner sa vie.
T .A. – Elle habite toujours Vanves, ta maman ?
J.M.J. – Oui, toujours…
T .A. – Toujours le deux pièces ?
J.M.J. – Non, maintenant elle en a quatre: elle a pu acheter les deux pièces d’à côté.
J.L.M. – Avec l’argent que ton père lui a envoyé ?
J.M.J. – Man père ? Des qu’il a commencé à gagner bien sa vie, il est parti. C est moi qui ai payé.
T.A. – Ta maman n’a jamais eu de pension alimentaire ?
J.M.J. – La seule pension qu ‘elle ait jamais touchée, c’est celle de sa déportation.
MAURICE & DANY
J.L.M. – Mais il a un peu d’argent, quand même ? Rien que « La Chanson de Lara », ça a dû lui rapporter pas mal ?
J.M.J. – II n’y a pas un seul restaurant dans le monde où l’on puisse entrer sans l’entendre! Mais les droits, il a partagés fifty-fifty avec Dany Saval, sa seconde femme.
J.L.M. – C’est gentil, ça.
T.A. – Cadeau de mariage ?
J.M.J. – Non, cadeau de rupture.
T.A. – Qui c’est le plus star de vous deux aux Etats-Unis, maintenant ?
J.M.J. – Moi, je pense que c’est plutôt moi. Là-bas, il est tellement devenu une institution que tout le monde croit qu ‘il a quatre-vingts ans. II y a six mois, quand « Equinoxe » est sorti aux U.S.A., il y avait une immense affiche juste sous sa fenêtre : ironie du sort…
J.L.M. – Finalement, vous vous voyez assez peu souvent ?
J.M.J. – On se voit tous les ans, chaque fois que je vais en Californie, mais il ne m ‘a jamais invité chez lui !
T.A. – C’est où, chez lui ?
J.M.J. – Beverly Hills.
J.L.M. – Tes études ?
J.M.J. ~ Lycée et licence.
T.A. – L’armée ?
J.M.J. – Quatre jours.
T.A. – Les « trois jours »?
J.M.J. – Non, quatre jours en plus des « trois jours » qui en fait durent deux jours…
T.A. – Reformé ? Pourquoi ?
J.M.J. – Pas envie de perdre un an.
T.A. – C’est sûrement pas ce qui est écrit sur ton livret militaire !
J.L.M. – Pourquoi ne t’ont-ils pas accepté ?
J.M.J. – La folie, le coup classique… C’est la seule fois de ma vie où j’ai eu les cheveux courts !
T.A. – Maintenant c’est ton look, ça marche comme ça, tu ne peux plus les couper…
J.M.J. – Avant la mode et après la mode, j’ai toujours eu les cheveux longs !
CHOPIN DU SYNTHE
T.A. – Mais si, pour des raisons marketing, il fallait les couper ?
J.M.J. – Je ne me suis jamais posé la question comme ça.
J.L.M. – La longueur de tes cheveux, c’est pour contrebalancer la froideur de ta musique: le plan « Chopin du synthé » ?
J.M.J. – Euh… peut-être.., mais alors, inconsciemment…
J.L.M. – Pour tes vêtements, j’ai l’impression que c’est comme pour tes cheveux : tu es à côté des modes.
T.A. – Ta chemise ?
J-M.J. – C’est une chemise genre américaine… Mais en velours… Mais avec du padding…
J.L.M. – Ton jean?
J.M.J. – Western House.
J.L.M. – Il est pas un peu pat d’eph’?
J.M.J. – Non-non, il est presque droit, il est pas large !
J.L.M. – Ah bon?
J.M.J. – Il est droit, j’aime pas le large!
T.A. – Un peu pat d’eph’, quand même… Remarque, ça va bien avec tes boots…
J.L.M. – Les talons, ils font combien ?
J.M.J. – Ils sont assez hauts…
J.L.M. – Cinq centimètres.
T .A. – Et tes vestes, qui te les coupe ?
J.M.J. – Je les achète en confection. Je déteste le sur mesures : c’est toujours raté.
J.L.M. – Ca dépend…
T.A. – Mais tu les a achetées où, ces vestes ?
J.M.J, – Chez Hechter. A Parly II.
CHAUSSETTES & PSYCHEDELIOUE
J.L.M. – Qu’est-ce que tu portes comme sous-vêtements ?
J-M.J. – Ben, par exemple, l’année dernière j’ai rapporté dix paires de chaussettes Mickey de Californie, et des chaussettes peintes dans le genre psychédélique par un peintre hyper-réaliste.
T.A. – Tee-shirts ?
J-M.J. – Jamais.
T.A. – Slips?
J.M,J, – Slips ? Euh.., Dim.
T.A, – En nylon !
J.M.J. – Un peu… Euh…
T.A. Fais attention, c’est dangereux !
J.M.J. – Je crois que c’est en espèce de coton.
J.L.M. – De toute façon c’est mélangé, et c’ est pas très sain,
T.A. – Ils sont blancs, au moins ?
J.M.J. – J’en ai de toutes les couleurs.
J.L.M. – Et le sport ? Tu fais du sport ?
J.M.J. – J’en ai fait pas mal, j’ai même fait 10″9 aux 100 mètres. A dix-huit ans. J’étais content.
T.A. – Et maintenant ?
J.M.J. – Beaucoup de badminton dans le jardin,
J.L.M. – Tu fumes beaucoup ?
JM.J. – Non, je suis un fumeur du dimanche.
GATEAU PIEGE
T.A. – Drogues, tu as goûté à tout ?
J.M.J. – Non. Il y a des trucs, tu sais d’avance que c’est la destruction.
J.L.M. – Le L.S.D., aussi ?
J.M.J. – Je me suis fait piéger.
T.A. – Comment?
J.M.J. – Dans du gâteau, le coup classique.
T.A. – Symptômes?
J.M.J. – Je voyais des trucs…
J.L.M. – Quoi, par exemple?
J.M.J. – Je sais plus…
T.A. C’était bien la peine!
J.L.M. – Et maintenant, tu as une carte d’électeur?
J.M.J. – Oui. D’ailleurs, la dernière fois, j’ai voté pour la première fois.
T.A. – Pour qui ?
J.M.J. Ecologiste.
T.A. – Et au deuxième tour ?
J.M.J. – J’ai pas voté.
J.-L.M. – Pourquoi ?
J.M.J. – On peut n’être ni pour Giscard, ni pour Mitterrand.
T .A. – Tu jouerais I’Humanité ?
J.M.J. – L’Humanité, l’U.D.F., n’importe quoi…
T .A. – Et l’Eurodroite ?
J.M.J. – Ca, non.
HUMANITE/EURODROITE
J.L.M. – L’Humanité, mais pas l’Eurodroite ?
J.M.J. – C’est pas pareil: la Fête de I’Humanité, c’est la Foire du Trône.
T.A. – Et si l’Eurodroite organisait aussi une grande fête-merguez ?
J.M.J. – ça ne serait pas pareil…
J.L.M. De toute façon, tu ne fais pas beaucoup de concerts…
J.M.J. – On a décidé, avec Charlotte, de ne pas déséquilibrer notre vie. Elle ne fera pas plus d’un film par an, et moi pas plus d’un disque ou un concert.
J.L.M. – C’est à cause de ton travail que ton premier mariage n’a pas marché ?
J.M.J. – Non, tout simplement une incompatibilité de caractère.
T .A. – Et ton meilleur ami, qui c’ est ?
J.M.J. – Personne le connaît, c’est un pote qui a un petit garage .
J.L.M. – Et à part ça?
J.M.J. – Folon, c’est un très bon copain. Il y a aussi Lartigue, le photographe.
T .A. – Et des gens connus de ton âge ?
J.M.J. – …J’en ai pas!
J.L.M. – Pourtant, ici, vous avez assez de place pour recevoir beaucoup de monde.
T.A. – Surface habitable ?
J.M.J. – Huit cents mètres carres.
T.A. – Le parc ?
J.M.J. – Quatre mille.
J.L.M. – Tu l’as achetée, ou tu la loues?
J.M.J. – Elle est à moi.
T .A. – Cher ? Combien ?
J.M.J. Cent-soixante.
CREDIT VINGT ANS
J.L.M. – C’est pas cher du tout. Il y a long temps que tu l’as achetée ?
J.M.J. – Entre le premier et le deuxième tour des élections. Prudence. Ha! Ha! Ha ! Le type ne s’en est jamais remis.
T.A. – Tu ne savais pas pour qui voter, mais tu savais quoi acheter !
J.M.J. – Super-affaire, non ?
J.L.M. – Cash ou crédit?
J.M.J. – Crédit sur vingt ans.
J.L.M. – Longue carrière… Surtout qu’il doit vous falloir du personnel, ici.
J.M.J. – Il y a un régisseur, une femme de ménage et une nurse.
T .A. – Pas de cuisinière ?
J.M.J. – Non, c’est la nurse qui fait la cuisine.
J.L.M. – Ah bon… Et Rampling, elle ne la fait jamais ?
J.M.J. ~ ça lui arrive.
T .A. – La Mercedes verte, tu la lui as offerte ?
J.M.J. – C’est ça, oui. Moi, j’ai la Jag grise .
J.L.M. ~ Le soir, Chatou-Croissy, ça doit pas être très gai. Heureusement, vous devez beaucoup sortir.
J.M.J. – Pas vraiment. La dernière fois, c’était la soirée à Vogue Homme » organisée pour nous au 78.
T.A. – Régine ?
J.M.J. – Il y a si longtemps.
T.A. – Les Bains-Douches ?
J.M.J. – Une fois, je crois…
T.A. – La Main Jaune ?
J.M.J. – Connais pas.
J.L.M. – Finalement, tu préfères rester ici avec Rampling et les trois enfants… Tu n ‘ aimes plus sortir ?
J.M.J. – Je n’aime plus les boites! Le bruit, les éclairages : Ca me rend malade !
T .A. – Mais tu aimes danser, quand même ? Lors de la soirée « Vogue Homme », vous avez dansé ?
J.M.J. – Si peu.
PAS TRAVOLTA
J.L.M. – Un slow ?
J.M.J. – Non, des jerks, rapides.
T .A. – Tu danses bien ?
J.M.J. – C’est pas Travolta, mais c’est pas mal.
J.L.M. – Tu t’intéresses à quoi, a part la musique ?
J.M.J. – La vidéo, le cinéma, la moto, les jeux électroniques et la télé.
T.A. – Quoi, à la télé ?
T.A. – Tout.
J.L.M. – Tu regardes « Chorus » ?
J.M.J. – C’est moins bien que « Top of the Pops », mais c’est mieux que les Carpentier !
T.A. – Et après la télé, vous faites quoi, le soir ? Vous écoutez de la musique ?
J.M.J. – Ca arrive, oui.
T .A. – Tu écoutes les disques de ton père ?
J.M.J. – Non. J’ai peut-être « Jivago » qui traîne dans un coin, mais c’est tout.
J.L.M. – Tu n’aimes pas beaucoup ce qu’il fait ?
J.M.J. – Depuis « Jivago », c’est rien, inexistant. Il a été pris au piège américain. Trop d’argent.
J.L.M. – Et toi tu as commencé comment ?
J.M.J. – En 60/62, juste après les Chaussettes Noires, mais j’étais beaucoup plus branché sur les trucs anglais.
T .A. – Ton premier groupe s’appelait comment ?
J.M.J. – Les Mystère IV.
ST RAPHAEL/ST TROPEZ
T .A. – Déjà très moderne ! Et puis ?
J.M.J. – Les Dustbins, et puis des tas d’autres qui ne se formaient que pour aller galérer l’été dans le Midi, à La Playa de Saint Raphaël ou au Papagayo de Saint Tropez…
J.-L.M. – Tu as fait le Tremplin du Golf Drouot ?
J.M.J.. – Non, mais j’ai fait le tremplin du Salon de l’Enfance avec les Mystère IV, et on a battu les Haricots Rouges !
T.A. – Tu t’intéressais déjà à l’électronique ?
J.M.J. – Je faisais déjà des trafics sur un tout petit Grundig. J’enregistrais des bandes.
J.L.M. – Tu apprenais la technique? Au début, ça devait être dur…
J.M.J. – Question circuits intégrés, j’en sais pas plus aujourd’hui. L ‘électronique, moi, j’y connais rien.
Les deux impers (un mastic et un vert) avaient interrogé Jarre dans la Jaguar en rentrant, ils recommencèrent avec Rampling dans le living en arrivant (20 h 27). Elle leur proposa du Crystal Roederer , mais ils acceptèrent du Perrier (de l’eau pour les impers). REC. ON. START. PLAN FIXE.
Jean-Luc Maître – Rampling, Charlotte : c’est ça ?
Charlotte Rampling – Bien sûr
Thierry Ardisson – Pas d’autres prénoms ?
C.R. – Si Tessa
JLM Date de naissance ?
C.R. Je suis née le 5 février 1946.
T.A. Verseau. Ascendant ?
C.R. Verseau-Verseau
T.A. Et ça te fait quel âge ?
C.R. Entre trente-deux et trente-quatre…
JLM Trante-quatre. Tu es née où ?
C.R. A Cambridge. En Angleterre.
JLM Tes parents ?
CR Mon père était colonnel, et ma mère sa femme.
TA Dans l’armée des Indes ?
CR Non, pas du tout. Le seul voyage exotique que nous ayons fait était la France.
JLM Des frères ? Des sours ?
CR Une soeur.
TA Qui fait quoi ?
CR Elle est morte…
JLM Tu mesures combien ?
CR Five feet/seven inches. En mètres, je sais pas…
TA – Un mètre soixante-neuf. Et tu pèses ?
MAIGRE
CR – En pounds, je sais pas. En kilos, quarante-sept.
JLM Tu es de plus en plus maigre, ou de plus en plus grosse ?
CR – Quand j’étais en puberté, j’étais un peu plus lourde et plus épaisse : soixante kilos. Mais depuis l’âge de dix-huit ans, je fais le même poids.
TA Couleur de cheveux ?
CR C’est celle-là… Vison, quoi.
TA Mais des visons, y’en a des noirs, des bruns, des blancs…
CR Je sais pas… Vison clair.
JLM Teinture ou nature ?
CR Pour « Les Damnés » je me suis fait faire des mèches, mais c’était trop un galère. J’ai pas la patience de me mettre trois heures chez un coiffeur pour me teinter les cheveux.
TA Les cheveux plus courts, comme aujourd’hui, c’est une idée de Jarre ?
CR Non, d’ailleurs il était contre.
JLM Tes yeux, c’est quelle couleur exactement ?
CR Ils sont gris-vert, avec des taches de rousseur dedans.
TA Signes particuliers ?
CR Non
JLM Tu n’as jamais été opérée ?
CR – Ah… Oui… L’appendicite !
CICATRICE SARDE
TA Tu vois bien que tu as des signes particuliers !
CR Oui, une cicatrice ici. J’ai eu une péritonite en Sardaigne.
JLM En Sardaigne ! Elle doit être belle, ta cicatrice !
CR Il y avait des moutons dans l’hôpital, la campagne ! Heureusement, ils me l’ont faite très basse : elle est dans le slip.
TA Qu’est-ce que tu aimes le moins dans ton visage ?
CR Au début, ce que j’aimais le moins, c’était mes yeux. Dans les Sixties, la mode c’était les big wide open eyes comme Shrimpton. Je trouvais les miens trop petits, mais maintenant qu’ils m’ont rendue riche et célèbre, j’ai fini par y croire. J’avais les paupières qui tombaient, mais en vieillissant elles tombent moins. Peut-être quand je serai plus vieux, ça va retomber…
J.L.M. – Et tes dents, elles ont l’air de te poser des problèmes ?
C.R. – Mes dents sont affreusement mauvaises, une horreur, depuis d’âge de je sais pas quand.
J.L.M. – Plombages? prothèses ?
C.R. – On dirait que mes dents sont faites avec de la craie.
J.L.M. – Combien de fausses ?
C.R. – Elles sont toutes abimées, mais elles sont toutes vraies sauf les quatre de devant.
T .A. – Mais tu te laves les dents trois fois par jour, quand même ?
C.R. – C’est pas du tout un problème d’hygiène, c’est mon hérédité.
T.A. – Mais tu te fais détartrer les dents trois fois par an, quand même ?
C.R. – Non, je les change avant qu’elles soient sales! Hi! Hi! Hi !
J.L.M. – Et sous les bras, tu te rases tous les combien ?
C.R. – Je me rase pas, je me fais épiler. A la cire. Chaque deux mois.
T.A. – Ca doit faire mal, pourquoi tu fais ça ?
C.R. – ça fait une plus jolie silhouette. On peut apprécier une femme sans poils ou avec poils. Moi je l’apprécie plus sans poils.
J.L.M. – Et Jarre, il se rase sous les bras ?
C.R. – Il n ‘a pas de poils de corps, mais il aurait pu : il est tellement brun !
CHEZ AUDREY
T.A. – Tu te fais faire des masques ?
C.R. – J’ai un petit magasin de beauté à Chatou, Chez Audrey. Elle me fait des masques et des crèmes pendant des heures… et quand je rentre, je pense que je suis rajeunie.
T.A. – Tu t’habilles aussi à Chatou ? C.R. – Non, à Londres, chez Bruce Oldfield. C’est le couturier numéro un en Angleterre. Je l’ai connu à ses débuts il y a dix ans. C’est un ami.
J.L.M. – Et a part toi, quelles autres stars il habille ?
C.R. – Jacqueline Bisset s’habille un peu avec lui, et puis un peu la Jet Society londonienne.
T.A: – Tes chaussures aussi sont anglaises ?
C.R. – Non, américaines. Elles viennent de Jag, à Manhattan.
J.-L.M. – Et tes viennent d’ou ?
C.R. – Les soutien-gorge, il n ‘y a pas longtemps que j’en porte. Pendant les Sixties j’étais « no bra », et puis dans les pulls je me suis aperçue que ça commençait à tomber un peu, j’avais la silhouette un peu bas…
T .A. – A trente ans ?
C.R. – Si.
J.L.M. – A part ça?
C.R. – Une culotte, et voilà.
T.A. – Pas de collants ?
C.R. – Ah oui/Si, bien sûr.
J .-L.M. – Un collant sous un pantalon !
C.R. – Bien sûr que non, mais quand je porte des robes, je porte des collants.
J.L.M. – Tu ne trouves pas ça malsain, les collants ?
C.R. – J’ai commence dans les Sixties avec la mini-jupe. Depuis, j’ai l’habitude.
T.A. – Moi, j’arrive pas à imaginer une vraie star en collants…
C.R. – Vous voulez que je porte des jarretelles ?
T.A. – Les jarretelles, c’est obscène.
C.R. – 1l n ‘y a pas de solution.
Davidoff/Disque BLEU
J.L.M. – Apparemment, pour arrêter de fumer, t’ as pas trouvé de solution non plus.
C.R. – Je fume pas beaucoup-beaucoup. Je suis pas addictée du tout. Cinq-six cigarillos Davidoff par jour.
T.A. – Tu n’as toujours fumé que ça ?
C.R. – Non, avant je fumais des Disque Bleu.
J.L.M. – A part le tabac, tu as pris d’autres drogues ?
C.R. – Non. Aucune. Sauf peut-être un peu de hash… 1l y a très longtemps… Mais j’ai tout de suite arrêté… je déteste de ne pas être under control.
J.L.M. – Le coup du LSD dans le gâteau, on te l’a jamais fait ?
C.R. – Non, l’acide, jamais. Déjà, je pars très vite avec l’alcool/ Je ne veux pas monter et descendre, je préfère garder mon équilibre…
T.A. – C’est pour ça que tu fais du sport?
C.R. – Je fais du vélo, je fais mes courses en vélo, je vais chercher les enfants à l’école en vélo. Et l’été, nous faisons du badminton.
J.L.M. – Ca vient d’ou, ce goût du sport ?
C.R. – De mon père. C’était un grand sportif. 1l a eu une médaille d’or. En 36. A Berlin. Au 4 fois 400. 1l a fait une course extraordinaire / 1l est dans le film de Leni Riefensthal
T.A. – Bon. Ok pour le stade. Et l’église?
C.R. – Pas l’église, le temple / Je suis anglicane, Church of England, mais je ne pratique plus. Pendant les Sixties, je me suis intéressée à toutes les religions, je pense que chacun doit trouver sa voie…
KABOUL/HOLLYWOOD
J.-L.M. – C’est pour lia que tu as fait la route ?
C.R. – Oui. En 68, après « Les Damnés », j’ai eu besoin de faire le point sur ma vie. C’est comme ça que je me suis retrouvée en Asie, à Kaboul.
T.A. – Quel genre de vie menais-tu ?
C.R. – Très rough, nous vivions avec les paysans.
T.A. – Pas de hippies?
C.R. – Si-si, il y en avait…
J.-L.M. – Mais toi, tu ne vivais pas avec les hippies ?
C.R. – Ce n’était pas la même vie, nous avions un peu plus d’argent.
T .A. – Mais tu en as vu, quand même ?
C.R. – Evidemment, mais ils n’étaient pas très intéressants. Je voyais que leur trip était un genre de piège très négatif qui pouvait devenir dangereux .
T.A. – Dangereux, les hippies?
C.R. – Beaucoup se sont complètement détruits. Je ne voulais pas me retrouver comme tous ces abrutis. Farce qu’ils étaient abrutis. IIs étaient morts. IIs ne pensaient qu ‘ à leur prochaine dose. C’ était un genre de trip pas très amusant du tout. C’est pour ça que je suis partie à Hollywood.
J.L.M. – Beverly Hills, ça a dû te changer, non ?
C.R. – Je ne suis pas vraiment rentrée dans le système hollywoodien, je suis restée on-and-off pendant un an, ce n’était pas très drôle. Ce n’était plus les Sixties, c’était les Seventies: le mood hippie était devenu drogue, malsain et violent.
J.L.M. – Londres en 64, Kaboul en 68 et Los Angeles en 70: ce qui est très étonnant, c’est que chaque fois tu aies réussi à passer à côté de la drogue !
C.R. – Sans doute mon éducation, ou mon instinct de survie… Et puis, surtout, j’ai rencontré mon premier mari après la Californie. A ce moment-là, j’avais besoin de quelqu’un de sain, d’ordinaire, ayant les deux pieds bien par terre, et il était tout cela.
T.A. – II travaillait dans le cinéma ? ,
C.R. – Non, il avait un bureau de relations publiques. II avait un appartement, et je n’en n’avais pas.
J.L.M. – C’était en quelle année ?
C.R. – On s’est mariés en 72, parce que j’étais enceinte. Je ne voulais pas faire trop de peine à mes parents. J’ai eu l’enfant, et puis durant à peu près deux trois ans j’ai tourné huit films ! Quand j’ai fait « Portier de Nuit », mon fils avait trois mois! Après, il y a eu «Zardoz», «Le Passager », « La Chair de l’orchidée », « Orca », « Le Taxi Mauve » et « Adieu ma Jolie ».
T.A. – II en manque !
C.R. – « Fox Trot », mais il n’est jamais sorti.
T .A. – Tu ne devais pas le voir souvent, ton mari ?
C.R. – C’est ce qui nous a séparés.
PRINCE CHARMANT
J.L.M. – C’est là que tu as rencontré Jarre.
C.R. – Oui, pendant un dîner chez des amis, dans le Midi.
T.A. – Cette fois, tu avais enfin trouvé le Prince Charmant ?
C.R. – Tous mes premiers flirts étaient des grands blonds aux yeux clairs, et puis regardez Jean-Michel : c’est tout le contraire !
J.L.M. – Alors, qu’est-ce qui t’as plu chez lui ?
C.R. – II a une énorme virilité en même temps qu ‘une extrême finesse .
T.A. – C’est quoi, la virilité ?
C.R. – C’est-à-dire… C’est-à-dire,.. C’est-à-dire, pour moi il affronte la vie avec lucidité. II sait transformer le négatif en positif.
J.L.M. – Ca s’est passé comment ?
C.R. – Pendant le dîner, Jean-Michel a du noter que je devais remonter le lendemain à Paris pour faire la promotion de « Adieu ma Jolie ».
T.A. – Il t’a appelée ?
C.R. – Oui, il m’a appelée à mon hôtel pour m’inviter à dîner.
J.LM. – Et tu as accepte ! Tu n’imaginais pas ce qui pouvait arriver ?
C.R. – Quand on accepte une invitation à dîner de quelqu’un d’autre que son mari et que ce n’est pas un repas d’affaires, on sait à quoi s’attendre, non ?
J.L.M. – Tu te souviens de l’endroit ou vous êtes allés dîner ?
C.R. – C’était chez des amis.
T.A. – Et au dessert ils sont partis, ils vous ont laissés tous les deux.
C.R. – Euh… En fait, ils n’étaient pas là.
J .-L.M. – C’ était un coup monté, alors ?
C.R. – Oui… peut-être… un peu.
T.A. – Par qui ? C.R. – Peut-être un peu par moi.
J .-L.M. – Il ne se doutait de rien, lui ?
C.R. – Hi! Hi! Hi! Si, sans doute !
T.A. – Vous avez dîné ou, finalement ?
C.R. – Je pense que nous avons fait autre chose !
J .-L.M.’ – Et après ? C.R. – Nous avions l’appartement pour le week-end.
T.A. – Et après ? C.R. – Et après, j’ai quitté mon mari… Bien sûr, il y avait les enfants, mais c’était plus fort que moi.
J.L.M. – C’était ton premier musicien ?
C.R. – Non, mais les autres n’étaient pas connus, ou alors il n’étaient pas musiciens ! J’ai toujours adoré les musiciens. J’ai même accompagné une tournée de Joe Cocker aux Etats-Unis. C’était bien.
J .-L.M. – Ah bon, tu chantais ?
C.R. – Non, pas vraiment…
T .A. – Quels sont tes amis, à part ceux qui t’ avaient prêté l’ appartement ?
C.R. – Dirk Bogarde, Jean-Michel Folon, Philippe Noiret, Jacques-Henri Lartigue : ça, c’est les plus connus.
J.L.M. – Avec Woody AlIen, comment ça s’est passé ?
C.R. – II deviendra sûrement un ami.
STAR Ménagère
T.A. – Qu’est-ce que tu fais ici, toute la journée, quand Jarre s’enferme dans son studio et que tes amis ne sont pas la ?
C.R. – Bof, je m ‘ occupe de la maison.
T .A. – Star ménagère !
C.R. – Non, pas ménagère : maîtresse de maison.
J.L.M. – Tu as suffisamment de domestiques pour avoir des loisirs ?
C.R. – Ca me laisse le temps de m’occuper de mes photos.
T.A. – Et à part Jarre pour « Vogue Homme », tu prends quoi en photo ?
C.R. – Je ne veux pas faire une carrière de photographe full-time, mais après le chose de « Vogue» j’ ai eu pas mal de propositions. Je devais faire la publicité de Mercedes, malheureusement j’avais un film en même temps. C’est dommage, j’adore les Mercedes. D’ailleurs, j’en ai une… Un cadeau de Jean-Michel.
J.L.M. – Et avant, t’avais quoi?
C.R. – J’ai commence avec une TR 3, après j’ai eu une Lotus Elan et puis une série de Cooper s. Au début de mon premier mariage, j’avais une déjà grosse Mercedes, et à la fin…
T.A. – Quoi ? C.R. – C’est sans intérêt.
T.A. – Quoi ?
C.R. – Un Renault.
J.L.M. – 30 ?
C.R. – Non,16.
J.L.M. – C’était vraiment la fin…
T .A. – Et le soir, vous sortez ?
C.R. – Je n’aime plus les boites. Le bruit, les éclairages, ça me rend malade.
TWIST/HULLY GULLY
T.A. – Tu n’aimes pas danser ?
C.R. – J’aimais danser. De dix-huit à. vingt-quatre ans, je sortais tous les soirs. Shake, twist, hully-gully…
J -L.M. – Tu ne danses jamais avec Jean-Michel ?
C.R. – Nous avons dansé un slow au 78 le soir de la soirée « Vogue Homme ».
T.A. – Lui dit qu’il n’a jamais dansé de slow avec toi.
C.R. – Euh… oui, c’est vrai, il m’a pas fait danser… Je disais ça parce que je voulais véritablement danser un slow avec lui…
T.A. – Mais au Bal Proust, au château de Ferriere, tu as dansé ?
C.R. – Oui, ce soir-là. je n’étais pas attachée, j’ai dansé avec Patrick Litchfield, David Bailey, David de Rothschild. . .
J.-L.M. – Vous dormez dans des lits jumeaux ?
C.R. – Non, dans le même lit.
T .A. – Tu t’habilles pour dormir ?
C.R. – La nuit, je porte une robe de jour, toujours la même.
J.L.M. – Et quand tu la donnes à laver ?
C.R. – Une autre, mais le même genre. Les trucs longs, c’est complètement pas pratique, ça remonte. Et avec les choses courtes comme les tee-shirts, je me sens trop vulnérable .
T.A. – Et puis quand tu te leves, c’est plus correct pour les enfants.
C.R. – C’est pas pour les enfants, c’est pour les domestiques.
J.-L.M. – Ca ne te dérange pas que tes enfants te voient toute nue ?
C.R. – Pas du tout. T .A. – Tu leur montrerais « Portier de Nuit » ?
C.R. – Surtout pas. ça les troublerait.
J.L.M. – Tu referais « Portier de Nuit », aujourd’hui ?
C.R. – Je pense que oui.
T .A. – Tu te déshabillerais encore ?
C.R. – ça dépendra quel réalisateur me le demande.
J.L.M. – Ce n’est pas une question d’argent ?
C.R. – Bien sûr que non.
T .A. – Tu gagnes combien par film ?
C.R. – Entre cent et trois cent mille dollars.
J.L.M. – Des deux, c’est qui le plus riche ? Jarre ou toi ?
C.R. – Sûrement lui. Avant « Number Four », le film que je tourne avec Woody Allen en ce moment, il y avait deux ans que je n’avais pas travaillé.
T.A. – Tu crois que Jarre ferait un bon Comédien ?
C.R. – Non.
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