15/06/2012

(extrait d'Oxygène n° 1, janvier 1998)

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La Genès

A l’instar d’une fuite ou d’une fugue, l’itinéraire musical de Jean Michel Jarre est une invitation au voyage, à l’évasion, à la rêverie. D’ailleurs, ne le dit-il pas lui-même : « La musique que je fais, je voudrais que ce soit une sorte d’invitation au voyage, tout en laissant les gens libres de leur itinéraire. » Et l’ironie veut que le message soit passé, si bien même qu’Oxygène, sans avoir été imposé, a été un succès complètement inattendu auprès du public. Faisons donc un petit bon en arrière, histoire de ranimer quelques souvenirs et de constater que finalement, Jean Michel Jarre n’a pas vraiment changé sa trajectoire : les propos qu’il tenait il y a vingt ans n’ont pas pris une ride... On n’est pas précurseur par hasard !

Jarre, c’est avant tout le choix de l’électronique. En tout cas, c’est ce qui caractérise sa musique au premier abord. Mais il ne s’agit pas d’un choix opportuniste : il correspond à une volonté artistique. Jean Michel Jarre a d’ailleurs prouvé qu’il pouvait s’intéresser à autre chose. Il a fait entre autres de la guitare, du piano, et a suivi des cours d’harmonie au Conservatoire. Quand il arrive au Groupe de Recherche Musicale (GRM) de l’ORTF, dirigé par Pierre Schaeffer, il se penche aussi sur la musique ethnique (thèse sur les musiques extra-européennes) mais il se tourne irrémédiablement vers les instruments électroniques, parce que c’est trafiquer les sons qui le passionne.
Cette passion pour le son arrive au bon moment : le synthétiseur est né en 1964 et Jean-Michel s’en est emparé presque aussitôt pour alimenter une carrière stupéfiante, sur le front des expérimentations les plus avant-gardistes. A l’époque, il ne s’agit pas vraiment d’utiliser l’ordinateur. On est encore loin du séquenceur logiciel ou du sampling à proprement parler, même si c’est pendant ces années qu’émergent ces idées révolutionnaires. Jean Michel Jarre dispose de synthétiseurs dits « analogiques », basés sur l’électronique du même nom : on module un signal électrique pour obtenir au bout du compte, un son hors du commun. Ces machines ont alors tout du dispositif artisanal ; ce sont des jouets pour explorer l’univers des sons...

Mais lorsque les sons de Jean Michel Jarre arrivent aux oreilles du public, la question essentielle est souvent posée : pourquoi avoir choisi l’électronique ? D’abord, parce que les synthétiseurs sont les instruments de notre époque et qu’ils ont des possibilités particulières qu’il est très intéressant d’exploiter dans un contexte artistique. « Maintenant, vous pouvez être votre propre créateur de sons : exactement comme un sculpteur travaille sur la pierre, vous travaillez sur le son. » Les instruments électroniques donnent en effet au musicien la faculté de créer ses sons et c’est principalement cette liberté de création qui séduit Jarre et lui inspire une approche poétique, voire même picturale de la musique. Quand on sait qu’il a fait de la peinture abstraite, on comprend que le choix d’une telle approche n’est pas le fait du hasard.

Mais Jean-Michel est sans doute le premier à prendre du recul par rapport à toute cette technologie. Le synthétiseur reste un outil et c’est finalement toujours le résultat qui importe. « Le fait que les gens sachent ou non que j’ai travaillé avec des instruments purement électroniques, je m’en fous complètement. Je dirais même que le fait qu’ils ne le sachent pas et qu’ils ne s’en aperçoivent pas prouve que j’ai atteint un de mes objectifs, à savoir faire passer des émotions au moyen d’instruments dont on prétendait qu’ils étaient incapables d’en donner. » En effet, il souhaite revenir à l’expression des émotions, un aspect que la musique contemporaine s’était empressée d’enterrer, et les médias le constatent sans mal : « Ce brin d’Oxygène, tout le monde en avait besoin, alors que cette musique contemporaine devenait trop systématiquement dure, rigide, Jean Michel Jarre a su l’alléger, lui donner un corps accessible à toute oreille. »

Ce choix de l’émotion, cette réaction à l’expérimentation froide, presque inhumaine, repose sur un retour à une simplicité relative, à des modes d’expression plus populaires, plus spontanés : « Je voudrais revenir à des harmonies très simples, utiliser surtout celles du rock, du blues où on a deux ou trois accords, et porter mon effort sur le son, le timbre et travailler afin de les rendre plus complexes. ». L’objectif est clair : rejeter l’approche purement intellectuelle pour renouer avec les notions de plaisir et d’émotion, loin de toute théorie élitiste. Mais Oxygène se caractérise aussi par un mélange presque incroyable des genres musicaux existants et ce n’est pas surprenant qu’une telle musique soit qualifiée de « synthétique » puisqu’elle est la synthèse de divers courants musicaux dans lesquels Jean Michel Jarre a baigné très tôt : « Moi, plutôt que de me laisser enfermer dans un genre déterminé, j’ai essayé d’explorer tous les domaines, tous les contextes. [...] Je tenais des informations du rock, du classique, du jazz et de la musique contemporaine, et j’ai eu envie d’appliquer tout ça... J’ai fait plein de trucs pendant 4-5 ans avec comme idée de fond, une sorte de métissage des genres. » Il s’est en effet beaucoup impliqué dans la plupart des genres musicaux : il a joué dans des groupes de rock, travaillé la musique classique, écrit des chansons, produit des disques. Oxygène n’est finalement que la cristallisation de tous ces éléments. Mais si Oxygène s’inspire de la variété, cette musique renoue avec l’idée de la symphonie classique : il s’agit avant tout d’une musique purement instrumentale, basée sur l’évolution d’une harmonie de timbres. Oxygène n’est pas un album de chansons, on n’y trouve pas une seule parole car Jean-Michel souhaite laisser l’auditeur entièrement libre de ses interprétations.

Tous ces aspects font d’Oxygène une œuvre inclassable. On ne lui connaît pas d’équivalent. Dès lors, on se retrouve très vite dans des situations paradoxales :l’album a immédiatement été classé dans la catégorie « musique lourde » par la SACEM, aux côtés de la musique classique, par opposition à la variété, qualifiée de « musique légère ». Il est vrai qu’il a servi de support à des ballets ou au cinéma. Mais Oxygène, musique « lourde », est aussi classée dans les hit-parades, si bien qu’elle force finalement la SACEM à revoir sa position. Oxygène marque le départ d’une voie nouvelle puisque Jean Michel Jarre se place directement au confluent de deux générations de synthésistes : les plagiaires de musique classique (Walter Carlos, Tomita, 1968-72) et les fabricants de musiques industrielles répétitives (Kraftwerk, Tangerine Dream, Klaus Schulze, Edgar Froese, etc... 72-76). Mais cette musique n’appartient à aucune de ces catégories. Elle est atypique, presque rebelle et ressemble à une réaction sur un plan extrêmement large à tous les genres qui existent. Cela ne plaît pas à tout le monde mais Jean Michel Jarre tient à la liberté et Oxygène en est le plus beau manifeste...

Une autre attitude surprend encore : Jean Michel Jarre recherche à améliorer la communication avec le public. « C’est la seule fonction d’un artiste », précise-t-il. L’artiste est là pour présenter son travail et il doit se donner les moyens de le faire : « Quand je suis sorti de cette expérience à l’Opéra de Paris avec le ballet Aor, alors j’ai pris conscience du public. [...] Dès cette époque, j’ai commencé d’explorer différentes façons de communiquer avec les gens en ignorant les sectarismes. » Il n’a donc pas peur d’utiliser les médias, sous toutes leurs formes et dans toute l’étendue de leurs possibilités : « il y a une méconnaissance et un mépris des médias qu’on rattache sans arrêt à une notion de marketing et de stratégie commerciale alors que les médias sont avant tout des écrans qui canalisent et codent la communication. » Pourtant, Oxygène n’a bénéficié d’aucun matraquage médiatique car il se prêtait mal aux promotions de routine (« Une histoire sans parole n’a pas besoin de protocole... ») et parce que personne ne croyait à la réussite d’une telle œuvre musicale, sans parole ni orchestre. Et ce ne sont pas les premiers 50 000 exemplaires vendus dans les circuits de hi-fi et une campagne de promotion par affichettes sur les murs de Paris qui prouveraient le contraire. D’ailleurs, pour la petite histoire, la première diffusion d’Oxygène, réalisée par Europe 1, s’est faite après avoir passé un câble depuis la fenêtre de l’appartement de Jean-Michel jusqu’au studio de la radio situé de l’autre côté de la rue ! C’est plus de l’artisanat que de l’industrie...
 Et Jean Michel Jarre, engagé dans une promotion elle-même atypique, finit miraculeusement par toucher le public. Oxygène est un succès considérable. Ce sera la musique la plus diffusée en 1978 à la télévision : journal de 20 heures, émissions scientifiques, génériques de films..., ou à la radio : le générique de l’émission Basket de J.L. Lafont sur Europe 1 par exemple. On l’entend dans les endroits les plus divers, des salles d’opéras aux supermarchés, des aéroports aux foires champêtres. Enfin, ce succès est international puisque remarqué aux Etats-Unis et acclamé en Europe, particulièrement en Angleterre où Oxygène atteint comme en France les sommets des hit-parades.

Un tel succès s’explique, nous l’avons vu, par l’effet de surprise : cette musique aux sons étranges, différente de tout, représente à l’évidence une révolution des formes artistiques. La subtilité et la profondeur des sentiments exprimés - de la mélancolie à la liberté - marque sans doute aussi une révolution du contenu artistique par une force et une ambiguïté rares. L’illustration de Granger y ajoute un message écologique alors que ce n’était pas forcément l’objectif initial. L’intention réelle se veut non directive, si ce n’est la volonté de partager avec ses contemporains une grande bouffée d’air frais :
« Je voudrais que ce soit une  musique qui donne la même impression que lorsqu’on ouvre sa fenêtre ». La magie d’Oxygène repose sur une alchimie de technologie et de poésie. Cette magie est encore vivante aujourd’hui, pour notre plus grand bonheur...

 Frédéric Esnault et Olivier Saincourt
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(extrait d'Oxygène n° 1, janvier 1998)

EQUINOXE - 1998

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La musique de Jean Michel Jarre a toujours eu un caractère exceptionnel mais lorsqu’on demande aux fans de citer leur album favori, c’est souvent Equinoxe qui arrive en tête. Bien sûr, l’ensemble de la musique de Jarre atteint toujours des sommets et il est souvent hasardeux de vouloir faire des comparaisons entre des albums qui offrent, chacun à leur manière, une esthétique et une expression musicale hors du commun. Mais cela ne doit pas nous empêcher de voir en Equinoxe un album d’exception qui, vingt après, suscite toujours autant d’admiration et d’émotion. Alors puisque nous fêtons son vingtième anniversaire, replongeons nous dans l’univers d’Equinoxe pour tenter de comprendre ce qui le rend si extraordinaire.
Avec le succès mondial d’Oxygène en 1977, Jean Michel Jarre est arrivé à l’un des carrefours essentiels de sa carrière. Même s’il ne sait pas de quoi l’avenir sera fait, il prend la décision de continuer sur sa lancée en proposant un deuxième album de la trempe d’Oxygène. Parallèlement, il achève son travail pour les chanteurs après la production du disque Paris by Night de Patrick Juvet qui, chose amusante, rencontrera lui aussi un énorme succès. Il semblerait donc qu’alors Jean-Michel choisisse définitivement sa voie ; l’avenir le confirmera...
Pourtant, en 1978, on n’est pas encore en mesure d’affirmer que la carrière de Jarre ne s’arrêtera pas aussi brutalement qu’elle a commencé : Oxygène a été un succès mais si l’album qui lui succède ne se révèle pas à la hauteur, l’artiste pourrait très bien finir aux oubliettes... C’est dans cet environnement que Jean-Michel doit créer Equinoxe : alors qu’il avait composé Oxygène dans la tranquillité de l’anonymat, il doit désormais travailler sous les yeux d’un public immense et passionné, à l’image du tableau « Le Trac » de Michel Granger qui viendra illustrer la pochette de ce nouvel album.
Heureusement, Jean Michel Jarre n’a pas perdu sa détermination artistique et on pourrait presque croire que le succès l’a exacerbée... Jean-Michel a plein d’idées en tête : il est satisfait d’Oxygène mais pense qu’il peut encore aller plus loin. L’orchestration devra être plus fournie, les parties plus développées, plus rythmées et les ruptures plus importantes. Oxygène évoquait l'air et le souffle de la liberté. Jean-Michel veut maintenant faire une musique plus énergique, plus organique et plus aquatique. En réalité, le son de la pluie le fascine : « cette musique-là est celle de l'émotion. Elle évoque aussi notre impuissance face à la nature. Comme quelque chose d'intemporel qui nous rappelle chaque jour notre fragilité ». Il double sa collection d’instruments électroniques et repart pour quelques mois de composition bouillonnante...
« Equinoxe » est sans doute un titre encore plus mystérieux que le précédent. Il nous évoque simplement les grandes marées et cette idée d'équilibre éphémère entre le jour et la nuit... Apparemment, cette dernière idée se rapproche de la seule piste que veux bien nous donner son créateur pour interpréter ses volontés : « J’ai voulu évoquer l’écoulement des vingt-quatre heures d’une journée, chaque partie de l’album représentant un moment différent du jour et de la nuit. » Bien sûr, comme pour Oxygène, c’est à l’auditeur de s’approprier cette musique pour l’interpréter et même l’utiliser comme bon lui semble : « Je veux que les gens se servent de mon disque pour le passer à différents moments de la journée et quand ils sont d’humeurs différentes. »
Il s’agit d’une vision expérimentale et pleine de vie, présentée sous une structure analogue au disque précédent. L’album n’est plus divisé en six mais en huit parties, ce qui facilite peut-être la division de nos vingt-quatre heures ! Malgré ce découpage, Equinoxe est un chef d’œuvre de l'unité : les ambiances sonores ont d'un bout à l'autre un très fort lien de parenté et les morceaux s’enchaînent avec une perfection inégalée.
Equinoxe, contrairement à Oxygène, débute par une courte introduction. La première mélodie, lente et saccadée au départ, s'accélère rapidement et atteint un rythme assez élevé. Une deuxième mélodie se superpose alors à la première et s'accompagne de glissandos qui se répondent comme un écho. C’est une ouverture pleine d’énergie qui inspire l’émotion du grand départ pour le fabuleux voyage électronique. C’est peut-être aussi, dans notre journée, le moment du réveil, quand les yeux s’ouvrent, que le cœur palpite et que la réalité prend le relais du rêve... Quoi qu’il en soit, il est difficile de ne pas être réveillé par de tels flux et reflux sonores. Puis la séquence ralentit son tempo et nous entrons dans l'atmosphère merveilleuse de la partie 2.
Celle-ci contraste avec la première par sa lenteur et l'attaque extrêmement douce des sonorités. C'est un mouvement très fluide, basé sur un nombre important de lentes glissades sonores. L’auditeur flotte alors sur la finesse des ondes tel un bateau au milieu de l’océan. De légers crépitements, des sons qui rebondissent subtilement viennent, entre autres, agrémenter le commencement de cette journée synthétique.
L’ambiance de ce passage est unique, c'est sans doute l’un des morceaux lents les plus profonds de Jean Michel Jarre. On y retrouve une certaine mélancolie contemplative qui le rapproche d'Oxygène 1, au sein d’un travail de composition exceptionnel où la musique prend des allures de mouvement fluide insaisissable.
Mais les crépitements s'accélèrent et s'amplifient. L'eau coule dans les haut-parleurs ! On n'avait pas encore imaginé que de telles sonorités pouvaient en sortir...
Jean-Michel nous invite à la première valse électronique. Equinoxe 3 est une partie très impressionnante : une richesse sonore incroyable se déploie sur un rythme à trois temps qui nous fait tourner la tête. L’harmonie féerique du bal des sons plonge nos oreilles dans l’extase. Au bout d’un certain temps, intervient une rupture qui s'accompagne de tintements de cloche : l’heure de l’apothéose aurait-elle sonné ? En attendant, les crépitements s'estompent, les glissandos prennent le dessus, les timbres évoluent et nous fondent dans un univers mouvant et terriblement bouillonnant. On commence à percevoir un rythme nouveau qui nous annonce la quatrième partie...
Les percussions apparaissent. Une séquence rapide les accompagne ainsi qu’une lente mélodie interprétée à l'Eminent (les sons de violons). Puis Jean-Michel entame la mélodie principale. Elle est rapide et jouée avec un timbre à la fois doux et offensif. Les deux mélodies sont alternées. L'esprit de ce mouvement est proche d'une sorte de recueillement nerveux, de méditation sérieuse et passionnée. A un moment survient une pause  : Jean-Michel tourne quelques boutons et module un son pendant quelques secondes. L'effet produit est loin d'être négligeable : on a l'impression d'entendre le discours d'un extra-terrestre... Puis la mélodie reprend une dernière fois. Elle est suivie d'un long finale encore plus riche en sons, avec notamment, un chœur de synthèse et une soprane électronique. On n'en croit pas ses oreilles.
Equinoxe 4 reprend la structure d'Oxygène 2 : on y retrouve l'alternance d'une douce mélodie et d'un thème principal très percutant, suivie d'un long finale qui est l'occasion pour Jean Michel Jarre de faire ressortir complexité et diversité sonore. C’est un morceau réellement exceptionnel, un concentré de génie dans une incantation électronique, à la fois énergétique et planante, absolument unique et universelle. Il est en effet difficile d’échapper à la fascination qu’engendre cette musique qui, à sa manière, atteint une forme de perfection...
La partie 5 tente de prendre la relève du fameux « Oxygène part 4 ». C’est donc un morceau court et rapide, un concentré de sons et d’énergie. Le souffle d'Oxygène est remplacé par le tonnerre, ce qui résume bien cette idée de garder la forme en changeant le fond. La mélodie, assez simple, subit un écho important, comme pour Oxygène 4. Bien sûr, elle est ornée d’une myriade d'effets sonores et de séquences très rapides. D'Equinoxe 5 se dégage un sentiment d'optimisme qui reprend peut-être plus clairement l'esprit d'évasion d'Oxygène. C'est un morceau qui nous évoque le progrès avec confiance et nous propulse dans une grande marche en avant. Ici encore, l’intégration des effets sonores et mélodiques est parfaite.
La partie 6 s'enchaîne de façon admirable en gardant les éléments rythmiques qui précédaient. Mais ceux-ci vont cette fois servir de support à un extraordinaire amusement sonore. La mélodie disparaît. Par contre, Jean Michel Jarre va superposer une quantité phénoménale de sons et de séquences, jouer avec les timbres, effectuer des variations et dévergonder la stéréo. On remarquera en particulier un son vraiment formidable qui nous évoque celui d'une plaque métallique que l'on secoue. Tout ceci se superpose extraordinairement puis finit par se dissiper pour nous faire entendre un solo de basse au synthétiseur, toujours basé sur le rythme initial. Tout ce passage met bien en évidence le caractère expérimental et ludique de la musique de Jarre. A une époque où le jeu vidéo prend son essor, Jean Michel Jarre s’adonne au jeu audio...
A un moment, la mélodie à la basse se stabilise et sans le savoir nous nous retrouvons déjà dans la septième partie, avec son extraordinaire contraste entre un rythme élevé et une lente mélodie planante qui s'installe dans un ton plutôt triste et mélancolique. Mais son évolution introduit finalement un sentiment d'espoir qui croît au fil du temps et nous redonne une énergie optimiste. Peu à peu, Jean Michel Jarre ajoute différents éléments : accompagnements vocaux, souffles rapides, panoramiques, changement progressif de timbres, séquences allant du très grave au très aigu.
C’est une alchimie saisissante entre la danse rituelle et la prière intense grâce à laquelle Jarre fait évoluer les sentiments de l’auditeur avec une rare subtilité. Au bout d’un certain temps, la mélodie stagne, les notes s'allongent, d'autres sons apparaissent pour engager une longue descente vers la dernière partie. C'est encore le moment de découvrir les derniers effets époustouflants, toujours sur le rythme d'Equinoxe 5 : les trois parties se sont enchaînées d'une manière fascinante à croire que Jean Michel Jarre a voulu nous proposer trois variations sur un même rythme.
Un violent orage vient rompre cette continuité (ceux qui avaient dit que le temps était lourd au début de la partie 5 ne s'étaient pas trompés...). Malgré le vent,la pluie et le tonnerre, une fanfare arrive par la gauche. On distingue bien le tuba, la grosse caisse... Ce passage sera plus tard intitulé « L'orchestre sous la pluie », un titre plutôt révélateur de cette atmosphère éphémère, subtile et pleine de poésie. Même les grenouilles électroniques accompagnent notre petit orchestre, qui s'éloigne maintenant, après s'être arrêté un moment devant nous. Equinoxe ne se termine pas ainsi. Jean-Michel y ajoute une courte conclusion : une mélodie forte et nostalgique, qui n'est rien d'autre qu'une variation sur le thème de la partie 5, un dernier clin d’œil pour marquer l'unité de cette fabuleuse symphonie électronique.
Vingt ans après sa sortie, Equinoxe est encore une musique remarquable, grâce à la richesse et à la chaleur de son orchestration, grâce à ce contraste entre une unité, un équilibre parfait et une variété de tons, de rythmes et de mélodies. Il s’agit donc d’une œuvre complexe intégrant à la fois l’essentiel de ce qu’on peut attendre d’une composition classique et bien plus de surprises que sa modernité ne pouvait en promettre à l’époque de sa création. C’était assurément une musique visionnaire.
Aujourd’hui, l’album Equinoxe est toujours aussi étonnant et il le sera probablement encore demain. C’est une sorte de thermodynamique sonore avec ses flux d'énergie, ses changements de pression où les rafraîchissements aquatiques bienfaisants se mêlent à des moments d'intense chaleur orageuse, excitations des molécules sonores. C’est sûrement l’une des œuvres musicales dont se dégage le plus fort charme poétique tant la part de rêve qu’elle suscite est importante. Et c’est sans doute cette incroyable osmose entre la musique et notre imaginaire qui permet à Equinoxe d’exercer une si grande fascination.

Frédéric Esnault

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(extrait d'Oxygène n° 2, juin 1998)

Le 21 octobre 1971 est certainement pour Jean Michel Jarre un jour qui fait date dans sa carrière puisqu’il marque ses véritables débuts.

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Ce soir-là, la musique dite « électronique », qui en est encore à ses balbutiements, entre à l’Opéra de Paris, l’antre de la musique symphonique, là où traditionnellement les compositeurs terminent leur carrière.

Sous l’impulsion de Norbert Schmucki, ex-danseur devenu chorégraphe en 1967, le ballet AOR crée la sensation pour la réouverture du Palais Garnier au public, suite à des travaux, pour le retour du corps de ballet et l’inauguration du plafond peint par Chagall.

Pour ce ballet, Bernard Lefort, directeur de l’Opéra, qui souhaitait rajeunir le répertoire classique quelque peu essoufflé, donne sa chance à Norbert Schmucki. Celui-ci fait alors appel à deux jeunes compositeurs quasi-inconnus. Ce spectacle essayait de mélanger une musique traditionnelle d’Igor Wakhévitch (fils de Georges Wakhévitch, célèbre décorateur de l’Opéra de Paris) qui connaissait Jean Michel Jarre pour avoir travaillé à ses côtés au G.R.M. de Pierre Schaeffer, et une musique électronique du fils de Maurice Jarre, compositeur de musiques de films. A l’époque, on parlait d’œuvre mixte pour orchestre symphonique (dirigé par Boris de Vinogradov), percussions solo (Sylvio Gualda) et bande magnétique.


Les réactions vis-à-vis de la musique ont été partagées : d’emblée, musiques classique et électronique ont été dissociées. Celle d’Igor Wakhévitch a été qualifiée de « solide, intelligente, sensible, sérieuse mais difficilement jugeable car nouvelle. »

Celle de Jean Michel Jarre a été appréciée différemment. Elle fût à la fois durement critiquée et bien accueillie. Sifflements, vibrations, crépitements, grincements, vrombissements et des «stridences électroniques pourtant bien peu révolutionnaires » d’un côté, « une musique conférant à l’œuvre un aspect mystique tandis que la partie orchestrale l’humanise » d’un autre côté. D’un avis général, Jean Michel Jarre aurait tout de même été « plus convenu et plus percutant. »

Ce ballet a donc fait du « bruit » dans tous les sens du terme ; pour et contre, huées et acclamations, et pas seulement du fait de la présence d’instruments électroniques mais aussi parce que le thème de la danse des sept voiles de Salomé était revu et corrigé.

Cette œuvre s’est transformée en danse des sept visages de la séduction et de la tentation. Sept tableaux symbolisés par chacune des sept couleurs de l’arc-en-ciel, d’où le titre « AOR » qui veut dire « lumière » en hébreu. Et la lumière fut. Au début des années 70, la mode était aux titres latins, grecs ou hébreux...







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Ainsi, entre la Marche des Troyens d’Hector Berlioz et le Boléro de Ravel, la musique électronique a supplanté la musique symphonique, jouée avec peu d’enthousiasme dans la fosse dès le début de la soirée, à tel point que les musiciens, vexés, ouvraient des canettes de bière en pleine représentation d’AOR pour la saboter.

Pour continuer dans les anecdotes, il était demandé à Jean Michel Jarre de repeindre la sono qu’il avait installée dans les lustres pour une meilleure acoustique : la couleur d’origine n’était pas vraiment assorti à la salle Garnier, Jean-Michel l’a donc caché sous une couche de peinture dorée.

Cet essai de superposition ne fut pas décevant, loin de là, mais traditionnellement, les « habitués de l’Opéra » contestent toute création artistique, qu’elle soit de danse ou de musique. Le vrai public, éclectique, selon les propres mots de Jean Michel Jarre, a réagi avec enthousiasme à la beauté du spectacle. Cela avait été le cas pour Notre Dame de Paris de Roland Petit en 1965 et c’est aujourd’hui un classique du répertoire. Coïncidence, la musique était signée Maurice Jarre, qui avait déjà reçu quelques récompenses à Hollywood ! Y avait-il une cabale contre la musique électronique, contre Jean Michel Jarre, ou la « tribu Jarrienne » ? Non, bien sûr ! Chacun sait que la nouveauté dérange ! De plus, pour que la représentation puisse avoir lieu, Jacques Duhamel, le Ministre des Affaires Culturelles de l’époque, a intercédé en faveur de Jean Michel Jarre pour retarder de quelques jours son incorporation sous les drapeaux. D’une certaine manière, c’est un peu grâce à cet homme que Jean-Michel a fait carrière...

Est-ce qu’un nom ne donne pas plus d’avantages que d’inconvénients ? Dans ce cas, c’est discutable car tout autre compositeur dans la même situation en aurait sans doute bénéficié. Et pour ce qui concerne le talent, cela semble encore plus flou. Chateaubriand disait : « On transmet son sang, on ne transmet pas son génie. »

Ainsi, la première expérience de Jean Michel Jarre avec un public est un succès mitigé qui n’empêche pas AOR, qui a été représenté une quinzaine de fois, de compter comme pièce essentielle du répertoire, dans la carrière naissante de Jean Michel Jarre. C’est de là que tout est parti ! Jean Michel Jarre prenant conscience du public fera quelques essais avant Oxygène et notamment deux autres ballets : Le Labyrinthe de Joseph Lazzini et Dorian du même Norbert Schmucki. Ce dernier, enregistré à l’Opéra de Paris le 18 décembre 1973, passera sur TF1 le 1er novembre 1975 dans un spécial « Etoile de l’Opéra de Paris » consacré au célèbre danseur « Mickaël Denard ».

Par la suite, Jean Michel Jarre se lancera dans la carrière que l’on sait...

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Olivier Saincourt 

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(extrait d'Oxygène n° 3, octobre 1998)

(extrait d'Oxygène n° 4, avril 1999)

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Après le concert qu’il a réalisé dans le cadre d’Apple Expo, Jean Michel Jarre a donné le dimanche 20 septembre 1998 une conférence sur le futur de la création musicale.
Cette conférence était l’occasion de parler de ce qui lui tient à cœur dans le domainede la musique et de l’image lié à l’utilisation de la technologie : « Je voudrais aujourd’hui aborder différents thèmes avec vous, parler de musique, de technologie, de multimédia, d’interactivités. »

 Il a d’abord souligné que l’aventure de la création liée à la technologie n’était pas si  récente qu’on veut le faire croire : « C’est le 50e anniversaire de la musique électronique puisqu’il y a 50 ans exactement Pierre Schaeffer inventait le concept de musique concrète, qui a donné la musique électroacoustique, et en même temps Stockhausen créait le premier film de musique électronique à Cologne en Allemagne. »

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 L’informatique et l’ordinateur

L’informatique et les ordinateurs ont beaucoup évolué de leur création à la sortie de l’iMac et, pour Jarre, l’image d’une informatique bienfaisante n’est réelle que depuis peu car « c’est depuis assez récemment, 2 ou 3 ans, qu’on s’aperçoit que l’informatique commence vraiment à nous faciliter la vie. » Cependant, il regrette encore le manque de convivialité et l’absence d’esthétique de l’ordinateur.
La lacune esthétique de l’ordinateur en fait un objet très impersonnel alors qu’« on a besoin absolument de développer nos relations affectives avec les instruments. » Jean  Michel Jarre fait remarquer à ce propos que « depuis le début de l’informatique, il y a eu un progrès énorme sur le plan technologique mais il y a presque eu une régression dans le domaine esthétique qui est pourtant essentiel pour chacun de nous ». Il donne alors l’exemple de Stradivarius qui gardait chaque violon pendant un mois dans sa chambre avant de mettre la dernière couche de vernis, en concluant qu’« aujourd’hui personne n’a vraiment envie de coucher avec un ordinateur. »


Quant au manque de convivialité de l’ordinateur, il provient de la pauvreté des interfaces avec le créateur : « On est toujours coincé avec une souris et quand on pense qu’on a quand même 10 doigts de pied et 10 doigts de main, 2 yeux, 2 oreilles..., on a quand même une interface qui semble vraiment  primaire. » S’il met beaucoup d’espoir dans le développement actuel des interfaces vocales, Jarre regrette le manque d’interface analogique alors qu’il existe déjà des interfaces à bouche pour imiter le jeu des instruments à vent avec un synthétiseur.
« L’informatique dans l’avenir, pour la musique, doit absolument essayer de s’ouvrir aux interfaces analogiques. »
Pour lui, le lien qui existe entre l’image et le son pourrait même conduire à la création d’interfaces encore plus particulières : « On pourrait imaginer qu’un peintre fasse de la musique avec un pinceau ou avec un crayon. C’est ça qui est intéressant avec la technologie. »

 Les instruments

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L’un des sujets très discutés pendant la conférence fut la technologie des instruments électroniques qu’il s’agisse de l’ordinateur ou du synthétiseur. Jean Michel Jarre tient d’abord à mettre en garde les gens sur l’approche qu’ils peuvent avoir face aux instruments électroniques : « Je ne pense pas qu’il y ait des instruments universels. C’est une approche dangereuse que de penser que la qualité du son vient seulement de l’instrument. » Il se méfie aussi des effets de la mode de l’analogique en rappelant l’histoire de la fameuse TB303 : « Pour les musiciens qui connaissent un peu les synthés, si on parle par exemple de la TB303 qui est un instrument de légende pour toute l’acid house et la house music, il ne faut pas oublier non plus que cet instrument a été un échec commercial quand il est sorti parce que tous les musiciens à l’époque considéraient qu’il avait un son vraiment dégueulasse. »
La mode joue aussi sur la conception des instruments. Aujourd’hui, les différentes marques de synthétiseurs multiplient les instruments à émulation analogique avec un fleurissement des potentiomètres qui peuvent devenir de véritables leurres pour les artistes car « on fait croire que le bouton que l’on a sous la main fait réellement ce que l’on veut qu’il fasse mais, en fait, il peut faire n’importe quoi. A priori, une interface qui peut faire n’importe quoi fait un peu tout mal plutôt qu’une chose bien. »
En fait, Jarre déplore le peu de liens qui unissent les fabricants et les utilisateurs, ce qui donne des instruments qui ne répondent pas aux exigences de la création : « Aujourd’hui, pour développer un synthé, ça prend souvent, entre le début de l’idée et le résultat dans le magasin, près de 4 ou 5 ans, et le constructeur vous approche 6 mois avant, au fond, pour choisir la couleur. »

 Création de sons et d’images



Grâce à la technologie, « une des grosses nouveautés pour un créateur qu’il soit dans la musique ou dans l’image, c’est qu’au fond, de plus en plus, il y a un parallèle qu’on peut faire entre le traitement audio, le traitement des sons et le traitement des images. » Même si « le rapport des couleurs et des sons ne date pas d’aujourd’hui », la technologie permet une prise de conscience de l’interactivité son-image. Avec JArkaos, Jean-Michel applique les principes de la musique à l’image, et après l’iMac Night, il envisage de faire l’inverse : appliquer des techniques de l’image aux sons. « Je voudrais aussi développer la 3D ou le relief sur le plan musical. » Et il décrit déjà la chose : « De la même manière qu’avant-hier chacun avait des lunettes, on pourrait imaginer que chacun pourrait aussi avoir un casque qui permettrait d’avoir un vraie stéréo, une vraie séparation droite gauche et une vraie possibilité de relief dans l’espace. »
On commence aujourd’hui à appréhender un peu mieux la technologie sur le plan musical car son utilisation est plus ancienne. « On est dans une époque extrêmement privilégiée où on commence à avoir suffisamment de recul sur la technologie pour justement mélanger aussi bien des instruments acoustiques que des instruments purement analogiques, que des sons issus de logiciels informatiques. »
Cependant, cela pose encore des problèmes d’écriture par rapport à l’attitude des musiques plus classiques car « on ne conçoit plus la musique en terme de notes et d’harmonies mais en terme de sons. » Jarre imagine même une partition en 3D...
Pour les images, interrogé sur l’utilisation potentielle d’images subliminales, il reste assez réservé : « C’est quelque chose d’assez dangereux sur le plan moral mais aussi sur le plan physique, pour les épileptiques notamment. »
Jean Michel Jarre a été questionné sur la possibilité de l’interactivité entre l’artiste et son public lors d’une création, interactivité qui consisterait, par exemple, à faire participer les spectateurs lors d’un concert. Il a bien comme idée d’augmenter l’interactivité mais « ce sont des choses qui sont difficiles à mettre en œuvre encore aujourd’hui pour que ce soit un réelle participation. » Pourtant, il n’abandonne pas l’idée : « ce que je voudrais faire l’année prochaine, ce serait de jouer chaque soir avec des musiciens qui ne sont pas dans la même ville ou le même pays à travers Internet. »
A cette occasion, Jarre a encore fait remarquer combien le CD-ROM ne permettait pas une réelle interactivité : « Permettre de reprendre le mixage d’une musique en donnant 4 faders virtuels pour mixer la basse, le piano, la batterie... je trouve qu’au fond ça ne va pas très loin, c’est très frustrant. Ce n’est qu’un gadget. »

 Internet


Avec l’évocation de la création artisitique et des nouvelles technologies, quelques uns ont interrogé Jean Michel Jarre sur l’utilisation d’Internet et le problème de piratage.
« Il y a beaucoup de paranoïa sur les risques que comporte Internet dans la piraterie et la diffusion » commente Jarre. Il explique qu’il faut faire une différence entre la piraterie, qui existait bien avant Internet et le « détournement de la création » puisque, pour lui, « la création est un remixage constant des influences que l’on peut avoir autours de soi. » Il ne pense pas qu’Internet va tuer les autres formes ou les autres supports artisitiques comme beaucoup le sous-entendent : « Je ne pense pas que, si demain on a Les Misérables sur Internet, dans une société où les gens ont envie de faire de moins en moins d’effort parce qu’on leur facilite de plus en plus la vie, les gens fassent l’effort d’imprimer les 500 ou 600 pages des Misérables sur un papier qui ne leur plaira pas alors qu’il y a le livre tout prêt en format livre de poche. »
En fait, Jarre veut redorer un peu l’image d’Internet qui reste pour l’instant un peu trop matérialiste. « C’est encore un des rares espaces poétiques qui existe et on n’en parle pas assez. On parle beaucoup d’Internet sur le plan financier, sur le plan mercantile et pas assez sur le plan de la création. »

Les concerts


Le dernier thème abordé est celui des concerts, avec l’utilisation d’images 3D enactualité. « Je crois qu’aujourd’hui un concert doit être un spectacle », explique Jean Michel Jarre en rappelant que « nos grands parents disaient, quand ils allaient aux concerts, on va entendre quelqu’un. Aujourd’hui, on dit plutôt qu’on va voir quelqu’un. » Toutefois, il fait remarquer que « le visuel et l’image ne viennent en aucun cas au secours d’une musique qui aurait besoin d’images pour être convaincante. »
En fait, c’est l’emploi de la musique électronique qui a engendré de nouveaux problèmes pour la scène mais aussi de nouveaux concepts : « La musique électronique était la moins scénographiable possible. » Mais « pour que la musique électronique sorte de cette espèce de fatalité de l’homme tronc », Jarre a développé l’utilisation de nouvelles technologies en terme d’image, que ce soit la harpe laser, l’image géante, ou enfin l’image live 3D comme à l’iMac Night. Ce dernier concert était en fait un essai : « Le concert était assez expérimental. Il y a des choses que je voudrais améliorer dans le contenu visuel, dans le fait de pouvoir élaborer un vrai story board sur lequel on puisse se référer en tant que spectateur et auditeur, et sur le plan musical, bien entendu, pouvoir concevoir la musique en fonction de ça. »

Bien sûr, Jarre n’est pas esclave de la technologie. Il l’utilise selon ses besoins créatifs : « la 3D n’est pas nécessairement un élément, c’est une partie, c’est comme quand on fait un morceau, il y a des morceaux où on a envie de mettre de la basse et puis d’autres où on n’a pas envie d’en mettre. » Mais l’image 3D reste quand même une avancée du point de vue scénographique et il compte l’améliorer et l’employer dans d’autres contextes. « Ce que je voudrais vraiment faire, c’est  pouvoir aussi, en dehors des concerts, faire une sorte d’événement qui soit entre le concert et un cercle de DJs, justement en utilisant la 3D. »
En fait, la technologie a permis beaucoup de progrès pour la scène et contrairement aux préjugés, elle n’aboutit pas à l’isolement des hommes : « La technologie ne va pas vers un isolement car c’est aussi une aventure humaine, c’est aussi de plus en plus un travail d’équipe et de groupe même si le public ne le ressent pas ou même si les médias, qui s’intéressent à l’apparence des choses, n’en font pas état. C’est, je pense, un des grands atouts de la technologie et de l’informatique. »
Jean Michel Jarre profite de l’occasion pour remercier toute son équipe, et plus particulièrement ceux qui ont œuvré à la réussite des effets visuels de l’iMac Night. Il rappelle l’importance que représente un tel projet sur le plan humain : « On mesure très mal la quantité de travail et d’énergie et la manière dont il faut se dédier à un projet comme ça : il faut pratiquement y dédier son existence pendant un moment, 24 h sur 24. Ce sont des choses qu’on ne dit pas assez car ça va bien au delà de ce qu’on peut en gagner financièrement et même sur le plan de la reconnaissance. C’est tout simplement grâce à la foi qu’on a en une idée qu’on a envie de la mener jusqu’au bout.»

Maxime Esnault

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(Extrait d'Oxygène n ° 4, avril 1999)

14/06/2012

(extrait d'Oxygène n° 4, avril 1999)








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 Deux mois quasiment jour pour jour après la Nuit Electronique au Champs de Mars, Jean Michel Jarre nous propose de passer une Nuit iMac en musique et images 3D. L’iMac, c’est le nouvel ordinateur du constructeur Apple, et en tant que fidèle utilisateur, Jarre a profité de l’occasion du salon annuel pour tenter une nouvelle expérience.

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Les organisateurs d’Apple Expo ont fait appel à Jean Michel Jarre pour démontrer les capacités graphiques et multimédia du nouveau produit. L’engin se veut novateur, le concert se doit donc de l’être aussi ! Finies les images plates, ces diapositives que l’on projetait jusqu’à présent sur de simples toiles, les images prennent désormais du relief et en deviennent presque palpables. D’un côté, les responsables d’Apple ont droit à la plus spectaculaire des démonstrations que l’on puisse voir dans le cadre d’un salon. Il s’agit donc d’une formidable idée en termes de promotion du produit et de la marque. De l’autre, Jean-Michel se donne l’occasion d’aller encore plus loin dans la réalisation graphique de ses concerts puisque les concepts d’X<>Pose et JArKaos se concrétisent désormais en trois dimensions. L’idée flottait peut-être dans l’air depuis un moment mais cette fois, ça marche vraiment et le résultat est on ne peut plus impressionnant...

L’annonce de ce concert a été discrète, trop peut-être ; une page de publicité dans Keyboards Magazine, une mention sur le site Internet d’Apple, autant dire que seuls les inconditionnels de Jarre et les mordus du Mac en ont eu connaissance ! Pour avoir la chance d’y assister, encore fallait-il au préalable poser son inscription par Internet puis venir retirer son invitation dans le hall d’exposition pendant le salon. Les spectateurs de l’iMac Night, se doivent d’être branchés. Ce parcours du combattant pour obtenir l’invitation est à déplorer car bon nombre de fans déçus par le concert du 14 juillet auraient eu l’occasion d’apprécier la qualité de ce nouveau spectacle et peut-être de revenir sur un jugement pris un peu trop vite cet été. Car malgré les apparences, ce concert était gratuit et ouvert à tous.

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Le lieu a facilement été trouvé : ce sera l’un des grands halls du Parc des Expositions de Paris, Porte de Versailles, à proximité du salon Apple Expo proprement dit. Les organisateurs prévoient initialement 6000 personnes, puis on parle de 12 000 pour finalement s’arrêter sur le chiffre de départ. Techniquement, le nombre est contraint par les capacités du hall d’accueil et le nombre de lunettes polarisées qu’il est possible de commander. Car pour apprécier pleinement l’événement, chaque spectateur doit disposer de sa paire de lucarnes en carton et plastique. La veille du jour J, Jean Michel Jarre et son équipe ont beaucoup répété. Ce qui aurait pu au départ n’être qu’une simple démonstration, aussi spectaculaire soit elle, s’est finalement métamorphosé en concert. Du coup, Jarre et son équipe se voient obligés de travailler d’arrache-pied pour préparer l’ensemble. Du point de vue musical, le but n’est peut-être pas de faire original mais au moins d’offrir au spectateur quelque chose d’un tant soit peu vivant pour que l’expérience soit vraiment unique.

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Le lendemain, vers 17 h, on retrouve les têtes habituelles devant l’entrée du hall 8. Jean-Michel est déjà là et les portes béantes laissent passer les notes d’une ultime répétition. Petit à petit une file disciplinée se forme le long du bâtiment. Des barrières métalliques ont été dressées autour de l’entrée afin de préserver un espace pour la sécurité, mais bien vite force est de constater que l’organisation laisse un peu à désirer. Vers 20 h, en effet, une foule compacte vient s’amasser devant ces barrières. Du coup, les premiers arrivés se retrouvent relégués derrière la foule, exceptées peut-être quelques personnes qui s’étaient scotchées aux barrières dès le départ. Devant, c’est la bousculade. La foule déjà dense doit se serrer davantage afin de laisser passer... une camionnette ! Ce soir-là, des dizaines de personnes ont été à deux doigts de se faire écraser les orteils. Les VIP ont eu droit au même traitement. Malgré une énorme enseigne affichant en gros caractères « V.I.P. » à l’entrée du hall, toutes ces personnes se sont retrouvées à l’extérieur, mélangées à la foule, faute de barrières servant habituellement à orienter les spectateurs. L’homme de la sécurité chargé d’ouvrir les accès arrive alors, invitant l’ensemble des VIP à entrer immédiatement. Aussitôt un ballet de mains brandissant invitations, passes, badges, accompagné de « pardons », « laissez passer » et autres « excusez-moi » se met en mouvement. La barrière s’ouvre et se ferme : les privilégiés passent au compte goutte après avoir pris leur respiration tandis que l’impatience se fait de plus en plus ressentir parmi les spectateurs irrités par tout ce va-et-vient fort désagréable. Au bout d’un long quart d’heure, la foule peut enfin accéder à la salle.

L’entrée, avec ses murs entièrement recouverts par les affiches de l’iMac, est un passage obligé. Là, de ravissantes hôtesses distribuent les indispensables lunettes qui vont nous permettre de voir les images en relief. Puis on accède au hall. La salle est très grande. Tout au fond, à l’opposé de l’entrée on aperçoit la scène qui occupe quasiment toute la largeur du bâtiment. En traversant la salle on relève à mi-parcours, à gauche et à droite, deux zones aménagées pour les VIP et au beau milieu du hall trône la régie au centre de laquelle les joueurs d’images prendront position derrière leurs incontournables Apple Macintosh.


Comme d’habitude, les premiers rangs sont aussitôt occupés par les plus motivés tandis que derrière la salle se remplit lentement. Le flux des nouveaux arrivants cesse malgré tout assez vite. La foule se répartit uniformément, certains s’assoient à même le sol, d’autres se baladent. Finalement, la tension du dehors retombe pour laisser place à une atmosphère plutôt bon enfant, une sorte de grande retrouvaille après le concert du 14 juillet. Les images créées en direct sur les Macs sont retransmises sur cinq écrans spéciaux installés au fond de la scène, via d’énormes projecteurs vidéo capables d’envoyer deux images simultanément, l’une pour l’œil droit et l’autre pour le gauche. Les lunettes doivent permettre à chaque œil de percevoir l’image qui lui est destinée. Le décalage entre ces deux images permet au spectateur de percevoir le relief. (Pour plus de détails, se reporter à l’article correspondant de ce numéro). Justement, à peine quinze minutes avant le début du spectacle l’un de ces projecteurs rend l’âme. Il faut le remplacer à la dernière minute et faire vite. A droite de la scène les techniciens s’agitent. On tire, on hisse, on pousse... Finalement l’attente n’aura pas été trop longue et les lumières s’éteignent. Le concert peut commencer. L’occasion pour nous de rendre hommage à tous ces messieurs de la technique pour leur compétence, leur courage et leurs sueurs chaudes et froides.

Jean-Michel arrive sur scène, micro en main. Commence l’intro d’Odyssey : « Walking upside down in the sky... » On comprend aussitôt que le visuel sera le point fort de ce concert. Pour le spectateur l’effet est saisissant. Jean-Michel fait face à la caméra stéréoscopique qui le filme en direct. Son image est projetée en 3D sur les 5 écrans. Que le spectateur soit devant ou tout au fond de la salle, Jean-Michel lui apparaît aussi vrai que nature et littéralement sous son nez. L’image est nette, en couleur et absolument pas déformée !

Aucun effet informatique n’apparaît pour l’instant, mais la prouesse technologique est déjà là. Devant la caméra, Jean-Michel joue avec son micro qui pour l’occasion a été rallongé d’une longue tige. Il le dirige et le pointe devant les deux yeux de la caméra donnant l’impression au spectateur de l’avoir à portée de main. Certains en ont même eu un mouvement de recul. Un peu plus tard, durant le morceau Révolutions, c’est Emilie Jarre, la fille de son père, qui viendra nous interpréter une danse « à l’orientale » créant un effet similaire par une gestuelle de mains et bras tendus en direction de la caméra.
Tout au long du concert, des images de synthèse de type JArKaos rejoindront les prises de vue sur scène. On retrouve des images connues, celles du Champs de Mars ou de l’émission sur M6 du mois de mai. Elles sont reprises en thème en fonction des morceaux et se mèlent à de nouvelles images très intéressantes.

Et puis il y a les nouvelles animations projetées, elles, en 3 dimensions. Il ne s’agit pas de synthèse d’image traditionnelle maladroitement rajoutée aux effets de JArKaos mais bel et bien de nouveaux effets sur les images qui s’ajoutent à ceux que nous connaissions déjà. On y voit des figures géométriques, des boules, des cercles qui dansent au rythme de la musique. Mais l’effet le plus spectaculaire reste sans doute celui du tunnel qui défile à un rythme effréné sous les yeux du spectateur qui se sent comme aspiré dans une course sans fin ! Les mauvaises langues critiqueront l’aspect répétitif du visuel et regretteront le manque de diversité de ces effets. Cela ne devrait plus se produire à l’avenir puisque Jean-Michel souhaite peaufiner ces projections en créant de véritables scénarios qui s’appuieront sur une palette d’effets qui d’ici là aura eu le temps de s’enrichir. Du point de vue musical, ce concert était un savant mélange de remixes techno et de morceaux « habituels », histoire de satisfaire tout le monde. On retrouve en effet une sélection de titres d’Odyssey through O2, déjà joués lors de la Nuit Electronique, mais aussi d’anciens morceaux tels que Souvenir de Chine, Chronologie 6 ou encore l’exceptionnel Equinoxe 4.

Loin de s’affronter, les morceaux désormais qualifiés de « traditionnels » ne cohabitent pas trop mal avec les créations récentes et l’alchimie produit son effet. Le fait de placer sur le même plan ces deux catégories permet aux fans de vérifier que les vrais morceaux de Jarre ont toujours quelque chose en plus qui fait une sacréedifférence. Ceci étant, les remixes choisis sont intéressants et se prêtent à merveille à l’expression vidéo. Chacun pouvait donc y trouver son compte.

Côté musiciens, on a retrouvé la même formation qu’au Champs de Mars : Cliff Hewitt et Paul Kodish, les deux batteurs d’Apollo 440, Christopher Pappendieck à la basse depuis l’Oxygène Tour et Claude Monnet aux platines. Parmi les moments clés du spectacle, on retiendra d’abord l’ouverture : après s’être amusé avec son micro, Jarre a joué du Theremin sur l’un des remix d’Oxygène 10 de Loop Guru. Un résultat musical on ne peut plus psychédélique pour faire apparaître les premières images... Ensuite, pour Chronologie 6, il a ressorti l’accordéon. Paris Underground a été joué sans le vocoder tandis que des très belles images de gargouilles se déformaient sur les écrans. Equinoxe 4 fut bien sûr un moment d’exception et Oxygène 2 s’est vu illustré par un travail de morphing très amusant sur le visage d’une sorte d’alien. Oxygène 12 a sans grande surprise été illustré par le film en noir et blanc auquel nous avons eu droit depuis l’Oxygène Tour. Pour finir, Jarre a dédié Oxygène 13 à Steve Jobs, le PDG d’Apple, présent ce soir-là.

Pour ce rendez-vous hors du commun, nous aurions pu nous attendre à une simple démonstration mais au lieu de cela nous avons eu droit à un véritable concert d’1 h 30 environ et de bonne qualité. Le côté expérimental de l’événement a inévitablement mis en relief quelques lacunes. La qualité du son dans le grand hall métallique n’était pas des meilleures et aux dires de certains, ce concert manquait d’âme. Mais la prouesse technique a bien eu lieu : les images étaient parfaites, plus qu’impressionantes. Le spectateur en a eu plein les yeux et a forcément eu le sentiment d’avoir vécu un moment unique.

Jean Michel Jarre nous a montré qu’il savait toujours nous surprendre et repousser les limites de la technologie au service du spectacle. Si ce concert marque une étape certaine dans sa carrière en ce qui concerne l’animation visuelle, il reste maintenant à voir ce qu’il fera à l’avenir du procédé qu’il a inauguré. Nul doute que les possibilités de création multimédia s’en trouvent décuplées. Malgré les contraintes imposées, ce spectacle était sûrement une première mais probablement pas une dernière.

  Nathalie Huebner et Frédéric Esnault
 
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(Extrait d'Oxygene nr 4, Avril 1999)

Jean Michel Jarre - Shed New Light on Downtown


Source: citemag

Le journal Des Infos Du Zenith De Strasbourg 2010


(extrait d'Oxygène n° 4, avril 1999)

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En 1997, Jean Michel Jarre fils publication douzième album Oxygene 7-13 et ce disque HNE à Dédié Pierre Schaeffer, le fils de «maître». MAIS, au juste, Qui etait Pierre Schaeffer?

Curieux also Québec CELA puisse paraître, Pierre Schaeffer, n'est Pas MAIS Musicien polytechnicien acousticien et de métier. Ingenieur Comme il entrepre au Sein du fils du Service de la recherche de l'Office de Radiodiffusion Télévision Française de la (ORTF) en 1934.


http://oxygenejmj.free.fr/magazine/images/schaeffer.gif  Sa Réflexion sur les Moyens radiophoniques et SES études sur les Composantes du fils, le conduisent à établir les bases de la musique concrète. Pionnier de la Radio et de la Communication, Ouvre la Voie iL Moyens des Modernes d'registration form, De la transmission de Diffusion ET Qui finissent Toucher pair TOUTES Musiques ERP. Les fils sont enregistrés, non plus les sur Disque MAIS sur bande magnetic, par l'ONU micro captés et diffuse par haut-parleurs au grand dam des instrumentistes. C'Est non tout neuf concept!En 1948, L'Année Où Jean-Michel Jarre Voit le jour, les reponsables de l'ORTF créent Le Centre d'expérimentation radiophonique, dit "Studio d'essai», qu'ils Confient et Pierre Schaeffer. Le Groupe de Recherche de Musique concrète (CRG) is né!D'emblée Pierre Schaeffer porte sur les fils Travail Composantes du fils (Exactement, plus le timbre) et fils d'Pouvoir decouvre Evocation. Il Qualifié de musique concrète sont par opposition à la musique dite Savant Écrite "abstrait". "Elle est constituée d'A PARTIR préexistants empruntés éléments d'un N'importe Quel matériel Sonora. "La Référence n'est plus les comédies musicales par la note Maïs Le Son et La première sortie de démonstration Théorie of this Est etude Bruits de (1948).
 
Jusqu'en 1958 il expérimentation DANS fils Centre d'essai avec Pierre Henry, Musicien de fils Etat, Qui Vient l'épauler. La Symphonie Pour Un Homme Seul (1950), l'œuvre de la commune, recoit des Nations Unies juge Satisfaisant accueil, MAIS Qui suivent oeuvres les Pins, Comme Orphée 53, le premier ministre à l'Opéra Concret Joué Donauschingen en Germany, n'eurent Pas le retentissement escompte.Restructuration de la CRG HNE le et le devient GRM (Groupe de Recherche Musicale) en 1958. Le Laboratoire GRM Est de l'ONU, Un Lieu de Formation interdisciplinaire, les Nations Unies centre d'expression et D'd'information OU Ont congé compensatoire De Multiples Cycles de Conférences DANS lesquelles excellait Pierre Schaeffer. Paradoxalement, sur y Trouve PEU Musiciens De plus de mathématiciens, de polytechniciens, de philosophes, etc., Ce Qui féra de Pierre Schaeffer dire Que HNE fils Préféré instrument ... «À la Règle calcul"! Une rentrée la 1969, GRM Le Compte seulement Deux Musiciens de la formation: Hélène Dreyfus et Jean-Michel Jarre.


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A partir de 1958, Pierre Schaeffer s'engage alors vers l'élaboration du Traité des Objets musicaux (1966), somme de ses expériences qui « rassemble et réalise une remarquable synthèse des questions de la perception auditive et des problèmes musicaux issus d'une utilisation musicienne des procédés de reproduction sonore », ainsi qu'un volumineux catalogue de sons, qu'il laisse à ses élèves le soin de « répertorier ». Dans cet ouvrage, Pierre Schaeffer remet en cause la note de musique en définissant « l'objet sonore » à partir des paramètres physiques du signal : la hauteur (du grave à l'aigu), la durée, l'intensité et le timbre (ou couleur).


Dans son travail, Pierre Schaeffer a néanmoins privilégié le montage des sons à la nécessité de les organiser enformes cohérentes ou à leurs déformations. Ses multiples Etudes dont les Etudes de bruits (1948) et les Etudes aux objets (1959) le prouvent puisque c'est une suite de sons non organisés, ce qui lui a valu le surnom de « faiseur de sons ». D’ailleurs, Jean Michel Jarre n'échappera pas non plus à cette étiquette ; pourtant, son succès réside précisément dans une organisation cohérente des sons qui ont donné les mélodies que nous connaissons.
 C’est dans cette logique qui consiste à privilégier le son que Schaeffer affirme :
« Tout son est musique, dès lors qu'il est organisé par l'homme. »

 Par la suite, la plupart de ses élèves ou collaborateurs ont changé de voie, de méthode, ou n'ont plus fait parler d'eux... L'insuffisance de la formation musicale de Pierre Schaeffer, bien qu'elle lui ait permis de prendre du recul, d'être objectif vis-à-vis de son travail sur le son, peut être une raison et « il est alors clair que la musique électronique produisant elle-même son matériau et pouvant se livrer sur lui aux opérations les plus précises, a un domaine autrement plus large et constitue un outil autrement plus sûr que la musique concrète. »
(Une histoire de la musique des origines à nos jours, Lucien Rebatet, Robert Laffont, 1985)

L'apparition des premiers synthétiseurs Moog créés par Robert Moog dès 1965 (Etats-Unis) sur lesquels on peut créer, déformer et reconstituer les sons confirme cette tendance. Le GRM en acquiert, ainsi que des EMS VCS 3 de Peter Zinovieff (1967, Grande Bretagne) et Jean Michel Jarre se fera la main dessus durant son passage.
Mais c'est surtout de l'autre côté du Rhin, au studio de musique électronique de Cologne dirigé par Karl Heinz Stockhausen, et au studio de la radio de Cologne (WDR) dirigé par Herbert Heinert que profite la naissance des premiers instruments électroniques : c’est là-bas que les premiers sons synthétiques, jamais entendus auparavant, sont fabriqués à partir des oscillateurs et générateurs de fréquences de ces appareils.

C'est le début de la musique électronique proprement "dite", inventée par Heinert (1950). La première œuvre de ce nouveau courant sera Le chant des adolescents de Stockhausen (1956). Par la suite, l'école allemande fera bien parler d'elle jusqu’au début des années 70 et influencera la musique contemporaine et des musiciens tels que Kraftwerk, Klaus Schulze, Tangerine Dream, Can, Popol Vùh.. pour les plus connus. Le rock progressif,  la dance et la techno actuelle sont des genres issus de cette mouvance.  Pourtant, les deux écoles, Allemagne et France, s'affrontent : l'influence de Pierre Schaeffer dans les arts sonores technologiques se vit au quotidien. Son apport est primordial car il a été le premier à étudier les phénomènes de communication, du moins sa perception, en posant comme simple question : « Comment passe-t-on du sonore au musical ? »

L'impulsion provient de l'expérience du « sillon fermé » d'un disque rayé. En 1951, lorsque le magnétophone à bande vient remplacer le tourne-disques, la technique du sillon fermé se transforme en procédé de la boucle. Le montage des sons s'en trouve facilité (en attendant le « sampling »), avec ruban adhésif et ciseaux, mais au prix d'opérations manuelles tout de même fastidieuses. C'est la fameuse technique de collage que Jean Michel Jarre utilise encore dans ses oeuvres. Il l'a lui-même perfectionnée en 1972 lorsqu'il crée un système à base de bandes magnétiques dont certaines feront jusqu'à 25 mètres. Les boucles sans fin permettent la création de climats irréels jusqu'alors inexplorés, omniprésents dans les travaux de Jean Michel Jarre. En fait, les travaux de défrichage de Schaeffer d'un côté, de Stockhausen de l'autre, conduisent à l’avènement de la musique électroacoustique qui utilise indifféremment dans une même réalisation les deux types de sources : concrète et électronique. Le format traditionnel du concert est modifié de part les procédés de diffusion : d'une part le micro, une musique interprétée en direct, d'autre part une musique enregistrée et diffusée en « play-back » pour d’un côté privilégier la performance du musicien et de l’autre favoriser l'écoute par un son amélioré. A l'époque, puisque l’orchestre semble menacé, les critiques pleuvent.

 La musique électroacoustique fait néanmoins son entrée au Conservatoire de Musique de Paris. A la rentrée 68, en effet, Pierre Schaeffer se voit confier au conservatoire une « classe de musique électroacoustique fondamentale et appliquée à l'audio-visuel », aussi particulière que son nom, couplée avec un stage au GRM, un cursus suivi par Jean Michel Jarre qui entre dans le groupe en janvier 69. Il y restera deux ans et le morceau Happiness is a sad song constitue en principe le travail qu'il a présenté pour « sanctionner » la fin de son stage au GRM. Pierre Schaeffer dirigera cette classe jusqu'en 1980 mais à partir de 1966, il a pris ses distances avec la recherche musicale et le GRM, assurant la partie théorique de l'enseignement, par des séries de conférences, et laissant la pratique à François Bayle, l'un de ses disciples. En 1971, il laisse la direction du GRM (rattaché à l'INA après la réforme de l'audio-visuel et de l'ORTF en 74), à ce dernier qui y officie encore aujourd'hui.

 Ayant ouvert la voie de la recherche musicale, il se consacre alors à l'étude des mécanismes de la communication au CNRS sous l'égide de l'UNESCO et au haut conseil de l'audio-visuel. Toutes les activités exercées par Pierre Schaeffer prennent place autour des phénomènes de communication : son influence s’est étendue à la radio, bien sûr, mais également à la télévision. « Les Shadocks », œuvre déstabilisatrice d’un créateur longtemps hébergé au service de la recherche, Jean Rouxel, ça ne vous dit rien ? C’est Pierre Scchaeffer lui-même qui en a obtenu la programmation à la télévision en 1968. La musique de Robert Cohen-Solal est certainement l’œuvre électroacoustique la plus célèbre à ce jour, du moins l’une des toutes premières.

 Le travail de Jean Michel Jarre aujourd'hui est quelque part le prolongement des travaux de Pierre Schaeffer, à travers notamment la technique du sampling, car il s'est attaché par la musique à communiquer avec le plus grand nombre, il a participé à la création, la conception et la réalisation d'instruments pour créer des sons nouveaux, améliorer la perception des sons et leurs conférer ce pouvoir évocateur, dont parlait Pierre Schaeffer, et qu'il revendique aujourd'hui.

Sans Pierre Schaeffer, il n'y aurait peut-être pas eu de musique moderne ! En tout cas, elle ne serait sûrement pas ce qu’elle est aujourd’hui...

Olivier Saincourt
 

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(extrait d'Oxygène n° 4, avril 1999)


(extrait d'Oxygène n° 5,Décembre 1999)




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Alors que l’utilisation des synthétiseurs restait encore marginale au moment d’Oxygène et d’Equinoxe, au début des années 80, la banalisation de la synthèse analogique se fait ressentir. Jean Michel Jarre trouve alors que le synthé et ses sons « à la Goldorak » est devenu une « espèce d’enivreur sonore ». Pour s’éloigner de ce cliché, il va d’abord créer l’épisode de la vente aux enchères de Musique pour Supermarché puis l’album Zoolook avec comme concept de base l’échantillonnage.

            
A cette époque, l’échantillonnage (sampling en anglais) est très peu utilisé, Zoolook deviendra donc d’emblée une musique hors-normes aussi bien pour l’idée de départ que pour le résultat obtenu. Avec cet album, Jarre part explorer le plus ancien son créé par l’homme : la voix. Il enregistre les paroles de toutes sortes d’individus, venus d’ethnies éloignées, du journal télé ou de son entourage. Cette approche de la musique par l’échantillonnage de sons peut paraître triviale à notre époque où les samplers sont devenus plus performants et plus abordables. Mais le travail sur les sons réalisé par Jean Michel Jarre est resté unique tellement il est précis et inspiré. Le musicien ne s’est pas contenté de piller des paroles de chansons, il a sélectionné et modifié des sons pour les plier à sa volonté artistique.
Par rapport aux albums précédents, Jean Michel Jarre innove aussi en utilisant des instruments plus traditionnels. Comme pour du rock, on retrouve guitare, basse et batterie : maintenant que le synthétiseur a bien pris sa place dans les groupes pop, pourquoi ne pas utiliser leurs instruments habituels à d’autres fins ? Pour jouer avec lui, Jarre s’entoure de musiciens mais pas n’importe lesquels. Adrian Belew à la guitare a joué pour David Bowie, Yogi Horton à la batterie a participé aux disques d’Aretha Franklin et George Benson, et Marcus Miller a joué avec Miles Davis. Ces artistes aux horizons différents accentuent le mélange des genres que représente Zoolook. Mais l’album bénéficie également  d’un petit  groupe de choristes et d’une interprète vocale d’exception : Laurie Anderson. Sa voix apparaît, non traitée, au milieu des échantillons.
            

Jean Michel Jarre n’a quand même pas abandonné les synthétiseurs. Il s’en sert d’abord pour traiter les voix qu’il a enregistrées : Zoolook contient beaucoup moins de sons de pure synthèse mais obéit toujours à ce souci d’obtenir des sons inédits. Pour cela, le musicien utilise principalement le Fairlight, un appareil révolutionnaire à l’époque. Cet instrument est sans doute la clé de voûte de l’album : Jean-Michel en a fait l’acquisition au début des années 80 et c’est la machine dont il rêvait peut-être déjà lorsqu’il était au GRM et qu’il s’amusait à découper des sons sur bandes magnétiques... Avec ce nouveau système, Jarre inflige différentes transformations aux échantillons vocaux : il les étire, les inverse, les découpe en mots, syllabes ou phonèmes. Jarre emploie aussi d’autres synthétiseurs, quelques analogiques ou le tout nouveau DX7 avec son principe de synthèse par modulation de fréquence. Pour le seconder, il fait appel à Michel Geiss bien sûr, mais aussi à Frédérick Rousseau qui l’avait accompagné lors des concerts en Chine.
Le mélange des genres et de sons d’origines diverses font de Zoolook une musique littéralement étrange et atypique. On y découvre le paradoxe de sons au goût synthétique mais familier : on se retrouve plongé dans de folles conversations incompréhensibles. En composant Zoolook, Jean Michel Jarre quitte ainsi l’abstraction pour se tourner vers l’homme dans sa diversité pluri-éthnique. Cette musique est aussi l’aboutissement d’un travail de longue haleine puisque certains passages sont l’ultime perfectionnement d’extraits de Musique pour Supermarché. Ethnicolor est le premier morceau de l’album, album qui est finalement divisé en musiques indépendantes reprises chacune sous un titre différent, ce qui change un peu l’habitude prise depuis Oxygène. Le titre « Ethnicolor » annonce bien la couleur ethnique de ce qui va suivre. Ce morceau débute par un cri fascinant, comme le bâillement de l’humanité en éveil. Puis des voix s’élèvent doucement sur un accompagnement lent. Les voix synthétiques se répondent et s’organisent. Denouvelles voix sortent alors du silence, s’agitent et s’ajoutent sur un rythme qui s’accélère. On entre alors dans un finale fascinant qui met en jeu la batterie et la basse. La musique devient complexe et puissante comme si on assistait au progrès de la civilisation, mêlant toutes les voix du monde.
Le deuxième morceau s’intitule Diva et est en fait une reprise de l’album Musiquepour Supermarché. Cette nouvelle version bénéficie de la voix de la chanteuse LaurieAnderson qui chuchote des sons aux oreilles de l’auditeur. La musique suit ici un modèle proche de celui d’Ethnicolor : le début, très calme, construit une atmosphère intime, la deuxième partie est plus rapide avec la batterie, la basse et la guitare électrique. Laurie Anderson continue à nous charmer avec sa voix de sirène au milieu d’autres voix étranges.


Zoolook est une musique beaucoup plus courte et plus rock. On assiste à une déferlante de sons vocaux ou de paroles instrumentales, on ne sait plus très bien. Le morceau est construit comme une chanson traditionnelle, avec couplets, refrain et des choeurs pour embellir l’ensemble, le tout sur une rythmique très appuyée. Ce morceau a été remixé en 1985 et cette version a remplacé la première sur l’album jusqu’en 1997, date à laquelle l’originale a finalement repris sa place. Avec Wooloomooloo, on entre dans l’atmosphère étrange d’une civilisation lointaine. La musique est plus simple, presque primitive.

Elle est lente, ponctuée par l’irruption de « wooloomooloos », transcription des paroles d’un aborigène australien. 

Zoolookologie est une musique des plus trépidantes où les sons s’entrechoquent et s’excitent sur un arrangement très rock lui aussi. Les voix subissent toutes sortes de convulsions tandis que le thème principal évolue avec une touche d’optimisme. On y entend à plusieurs reprises le propre nom de Jean Michel Jarre (cherchez bien !). C’est le deuxième morceau a avoir été remixé en 1985 mais on retrouve avec plaisir la version d’origine dans l’album remasterisé en 97.
Blah Blah Café, originaire lui aussi de Musique pour Supermarché, comporte moins de voix que les autres morceaux de l’album. Mais on assiste quand même à une discussion des plus énergiques entre un son aigu et un son grave. Les synthétiseur se répondent, s’échangent des mots pendant que derrière on sert l’apéritif... Cette musique est comme une peinture de l’ambiance des bars, lieux des rencontres éclectiques. L’album finit par Ethnicolor II, sorte de voyage dans l’ambiance impersonnelle et individualiste des supermarchés. Au milieu des bruits de caisses enregistreuses et decaddies, les appels plaintifs ont du mal à se faire entendre tandis qu’un gros son devioloncelle porte leur désarroi. Cette musique, lente et mélancolique, nous vient bien sûr de Musique pour Supermarché. A la toute fin de l’album, le bruit des pas d’une personne se dirige vers la sortie...
Zoolook sort en 1984 dans 40 pays. L’album recevra de nombreuses récompenses y compris aux Etats-Unis. En France, c’est le Grand Prix du Disque Français et la première Victoire de la Musique pour l’album instrumental de l’année. Pourtant le public met beaucoup de temps à accepter cet album si différent des précédents. Le succès viendra avec le temps car, au moment de sa sortie, Zoolook reste très en avancesur son époque et ses retombées sur le monde musical mettront plusieurs années à se manifester réellement. Il reste un album inégalé à ce jour.

 Maxime Esnault

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(extrait d'Oxygène n° 5, Décembre 1999)